.:.Chronique.:.

Pochette

Fennesz + Sakamoto

Flumina

[Touch::2011]

La rencontre entre deux monstres sacrés de la musique électronique n'accouche pas forcément de grand disque. Même si la collaboration entre Christian Fennesz et Ryuichi Sakamoto ne dâte pas d'hier, les deux hommes n'ont jusqu'ici jamais été en mesure de proposer quelque chose de tout à fait grandiose. Mais ce n'était peut être pas le but des deux hommes. Après Cendre et Sala Santa Cecilia, c'est au tour de Flumina de continuer l'exploration d'une musique minimaliste et contemplative. Eric Serva de France Musique voit dans cette collaboration les reliquats de Ravel et de Debussy mais tout en ayant conscience que ce double album est « sans surprise ». On ne peut pas lui donner tort même si d'autres sont plus indulgents envers le duo. Flumina a beau revisiter ce sentiment d'éternité où les paysages semblent immobiles et immenses, on reste dans un territoire qui ne nous est pas totalement étranger. En se concentrant sur une musique rêveuse, précise et abstraite où chaque détail compte, Fennesz et Sakamoto sont sur un créneau qu'ils connaissent sur le bout des doigts. Pour autant, sur ce sujet, tout semble avoir été dit ou presque. Les deux hommes ne sont sans doute pas sans le savoir. Alors pourquoi continuer à œuvrer dans cette veine ? Probablement pour la recherche du beau. Une quête incessante dont on sait qu'elle est la plus difficile à atteindre.

Il n'y a donc que là-dessus que Fennesz et Sakamoto peuvent se concentrer puisqu'il leur est difficile de surfer sur une formule proprement innovante. Dans cette optique, Flumina atteint son objectif avec sobriété, sans chercher à brusquer tout en marquant les esprits par ses lignes claires et paradoxalement fuyantes. Flumina est une succession de paysages qui semblent tous sortis de songes inouïs et vaporeux. On flotte alors de pièce en pièce avec cette impression de continuité comme si tout peut s'enchainer avec naturel, sans obstacles. Fennesz et Sakamoto savent créer des ambiances acoustico-électroniques avec cette clarté apaisante qui évoque ces vastes espaces épurés, vides de toute impureté et d'éléments perturbateurs. A défaut d'être une pièce maitresse, Flumina n'est certainement pas l'album le plus négligeable dans la discographie de ces deux esthètes. Le principal c'est que ce disque remplisse son office et qu'il ne donne pas l'impression d'un coup d'épée dans l'eau. Nous en sommes même assez loin. Il serait alors malhonnête de voir en Flumina une œuvre mineure. Flumina tend vers une sorte de pureté universelle et c'est tout ce qui compte finalement.

note : 7.5

par Fabien, chronique publiée le 25-03-2012

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