.:.Chronique.:.

Pochette

Orcutt, Bill

A New Way to Pay Old Debts

[Editions Mego::2011]

|01 Lip Rich|02 Sad News From Korea (L.Hopkins)|03 Pocket Underground|04 Too Late to Fly|05 My Reckless Parts|06 Street Peaches|07 A New Way to Pay Old Debts|08 Cold Ground|09 High Waisted|10 Big Ass Nails|11 All the Creatures of the Ocean are Alive|12 More Salt|13 Chicken Wig|14 Poor Black Math|

Alors qu'il était épuisé depuis un bon moment, puisque paru en vinyle et en édition limitée (Palilalia - 2009), A New Way to Pay Old Debts se voit à présent réédité grâce aux bons soins des Editions Mego qui a agrémenté l'album du single High Waisted / Big Ass Nails, qui lui aussi était introuvable, et de quatre inédits. Voilà donc une bonne chose de faite. Chez Mego, on décrit ce disque de Bill Orcutt comme de l' « acoustic hardcore blues ». Tout un programme. L'ex Harry Pussy a, en effet, conçu l'un des albums les plus roots qui soi. Enregistré chez lui avec une guitare traffiquée et des moyens plus que sommaires, Orcutt démythifie le blues à en faire bouffer le chapeau des caciques d'un blues trop propre sur lui. Mais, est-ce vraiment encore du blues ? Oui et non. Orcutt se sert certainement d'une base qui l'est mais il finit par la détourner, la triturer, la tord au mieux des moyens qu'il a à sa disposition. A la limite on approche plus les expérimentations angulaires d'un Derek Bailey, d'un Fred Frith ou d'Eugene Chadbourne. Orcutt, comme les pré- cités, œuvre dans une déviance mélodique sur fonds d'accident sonore permanent. Enregistré en prise directe et sans qu'Orcutt apporte de modification particulière, on n'entends que sa guitare bancale et bricolée et tous les sons inérieurs ou extérieurs à la pièce dans laquelle il se trouvait. En arrière plan on peut très bien avoir la surprise de la sonnerie d'un téléphone, le bruit de voitures, la propre voix d'Orcutt...

Si cela fait hurler quelques puristes, quelle importance. Bill Orcutt n'avait surement pas l'intention de refaire ce qui avait été fait des milliers de fois. Il est donc allé puiser dans les bas-fonds, remuant les fantômes d'un blues cradingue tout en n'oubliant pas que si le blues est aussi une souffrance elle est prend également son origine chez des gens à qui on avait pas laissé grand chose. A New Way to Pay Old Debts est donc un disque qui fait appel à la souffrance mais une souffrance qui tend vers la folie, celle qui est détenue par ceux voient ce que la majorité ne voit pas. Même si la façon de procéder est toujours la même (comment peut-il faire autrement si il veut aller au bout de sa logique ? ), Bill Orcutt s'emploie à redéfinir à chaque fois les chemins biscornus qu'il emprunte. On peut même dire que nous sommes ici sur les tracés de l'improvisation la plus folle comme si notre homme était aux prises avec ses pires démons. Pour autant, le titre est clair, ce disque est « une nouvelle façon de payer de vieilles dettes ». Lesquelles ? On ne le saura sans doute jamais mais Bill Orcutt engage là un combat perdu d'avance. C'est pour cela que ce disque est tout bonnement passionant.

note : 8.5

par Fabien, chronique publiée le 06-09-2011

A voir également :

http://editionsmego.com/artist/bill_orcutt

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