.:.Chronique.:.

Pochette

Schnitzler, Conrad & Hatterud, Bjorn

Hirschgebrüll

[OHM Records::2011]

On l'a appris récemment. Conrad Schnitzler s'est éteint le 4 août dernier des suites d'un cancer de l'estomac. Le genre de cancer qui ne pardonne pas. Il est probable que certains d'entre vous n'aient jamais entendu parler de ce personnage pourtant essentiel. A l'origine de groupes comme Tangerine Dream, Kluster, Eruption et fut l'un des membres fondateurs du Zodiak Free Arts Lab, salle de spectacle éphémère qui favorisa dans les années 60 l'éclosion du mouvement krautrock. Il poursuivit également une carroière solo des plus riches en étant de ceux qui donnèrent ses lettres de noblesse à la musique électronique qu'elle soit expérimentale ou non. Au-delà de ses efforts en solitaires, ceux fait en collaboration avec d'autres artistes furent nombreux. Celle qui a été réalisée avec Bjorn Hatterud (Maskinanlegg, Norwegian Noise Orchestra) a été l'une des toutes dernières. Quatre jours avant son trépas, il était encore à finaliser son tout dernier album. Cet homme n'a jamais arrêté, même au plus fort de la maladie. Cette chronique a sans doute des relents d'éloge funèbre, mais comment faire autrement. Il n'est pas question de se lamenter. On sait qui l'on perd, on sait également ce qu'il nous reste : sa musique.

Masterisé par Maja Ratkje, Hirschgebrüll ne saurait résumer à lui seul l'œuvre de Conrad Schnitzler, d'autant plus qu'il a été réalisé avec Bjorn Hatterud. Pour autant, la musique mutante, expérimentale, et minimale de Hirschgebrüll démontre que Schnitzler était l'un de ces génies souvent sous-estimé pour ne pas dire mis en retrait au profit d'autres qui lui ont tout pillé. De toute façon, il n'a jamais vraiment cherché la célébrité, continuant quoi qu'il arrive ce pour quoi il était doué. De fait, ses disques n'ont rien de spécialement moderne et Hirschgebrüll, formellement, ne l'est pas du tout. Avec des effets réduits au strict minimum, le duo parvient à générer toute une palette de morceaux hybrides et distendus qui évoluent au gré de modulations. Véritable petit laboratoire ambulant, Hirschgebrüll rappelle explorations électroniques post-industrielles des années 80, mettant en évidence une musique inquiétante et grouillante d'une vie embryonnaire. Visiblement Schnitzler en avait encore sous la semelle et le résultat de cette collaboration avec Hatterud le prouve aisément. N'ayons donc pas de regrets. Schnitzler nous aura beaucoup apporté et il l'aura fait jusqu'au bout.

note : 8

par Fabien, chronique publiée le 11-08-2011

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