.:.Chronique.:.

Pochette

Phillips, Dave & Hesse-Honegger, Cornelia

Mutations

[Ini.itu::2010]

Cela n'aurait pu être qu'un disque d'exotica conçu à partir de field recordings qu'on aurait rien eu à redire. Cependant, l'approche proposée par Dave Phillips (Fear of God, Ohne) et Cornelia Hesse-Honegger se veut un peu plus brutale. Ce n'est pas pour rien que ce disque s'appelle Mutations. Construit autour de sonorités récoltées en Thaïlande et au Vietnam entre 1994 et 2007, le duo a fait plus que les associer et les traiter électroniquement. Ils les ont déformé, maltraité, créant des distortions diverses. Nous sommes donc très loin d'une musique appaisante et des idées toutes faites que l'on se fait sur le genre. Ici nous sommes dans le noise, une forme abrupte et frontale qui désacralise une musique que l'on sait trop sereine. Nous avons donc bien affaire avec une mutation mais pas de celle que l'on attend forcémment. On revient à un état sauvage, qui se transforme ou plutôt se déforme comme si les sons de la nature collectés se noyaient dans une entreprise de démolition bruitiste. Insectes et oiseaux exotiques semblent se fondre dans cet amas post-industriel mais l'expérience est parfois difficile à suivre. Il faut donc s'accrocher, combattre sa répugnance au bruit et prendre ce Mutations comme du field-recordings extrêmen qui bouscule les habitudes.

En un sens, c'est quelque peu salvateur. On sort ainsi du flon-flon trop serein dans lequel on était trop souvent plongé. Il serait facile d'interpréter ce disque comme une réaction épidermique aux dogmes du field-recordings. En soit, Mutations n'est pas une provocation bruitiste à la Whitehouse. Bien au contraire, ce disque se révèle comme une expérience afin d'emprunter des chemins différents et s'offrir des perspectives nouvelles. De plus, Mutations n'est pas dans un affrontement total. Malgré ses penchants noise, ce disque reste tout en nuances et ces subtilités ne se révèlent à nous grâce à une écoute attentif et studieuse. C'est là que le sens du titre de l'album devient évident. Nous n'avons pas affaire à une mutation unique et stérile mais à «des» mutations qui, lorqu'elles entrent en contact, en provoquent de nouvelles. D'où cette impression de foisonnement, de superposition sonore qui nous laisse ce sentiment de bruit incontrolé. Ainsi, Mutations atteint son but et nous dévoile une musique qui sort des sentiers battus.

note : 7.5

par Fabien, chronique publiée le 29-07-2011

A voir également :

http://www.myspace.com/dpdavephillips

http://www.wissenskunst.ch/en/biographie.htm

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