.:.Chronique.:.

Pochette

Perrier, Laurent

As Far As

[Sound On Probation::2008]

Les projets de Laurent Perrier, quels qu'ils soient, ont toujours été d'un intérêt particulier. Que ce soit sous le nom de Zonk't, Heal, Pylône ou dans son projet d'origine Cape Fear, il exerce sur nous une fascination peu commune. Ici encore, pour As Far As (qui est à la base une composition pour le spectacle de danse du même nom, joué par Alban Richard et l'Ensemble l'Abrupt) Laurent Perrier, qui apparait donc sous son propre nom, parvient à nous captiver sur des ensembles sonores qui n'avaient rien d'évidents. Autour de sept morceaux, Perrier fait se mêler des nappes ambiant sombres, des samples, des séquences répétitives et des approches qui font penser aux constructions néo-classiques, imposantes et inquiétantes, qui ont été popularisé par des groupes comme Laibach (cf les albums Macbeth ou Krst Pod Triglavom : Baptism). Cependant, si on peut y trouver une certaine forme de cousinage, les buts à atteindre ne sont pas forcément les mêmes. Clairement, Laurent Perrier n'est pas dans ce trip industrialo-martial qui a pour fonds la critique acerbe du délire nationaliste.

Non, le but de Laurent Perrier est sans doute un peu plus terre à terre mais son engagement artistique est tout aussi sérieux. Il suffit d'écouter As Far As pour comprendre que son auteur que ce qu'il construit n'est pas une plaisanterie ni une musique au rabais. As Far As, malgré ses répétitions, possède une force suggestive qui dépasse l'imagination. Torturé, sombre, cette musique semble invoquer un temps révolu, perdu à jamais. Mais, ce disque est aussi un langage du corps, à la fois fluide, flottant, berçant peu à peu dans une folie schizophrène. Il n'y a pas de vérité nue pour As Far As. Chaque auditeur est en mesure de se faire la sienne, de voir en chacune des pièces les mouvements du corps qu'il s'imagine être les plus adaptés. C'est donc un disque ouvert que nous avons entre les mains et bien qu'il semble être un message lointain et qu'il fait appel à la part sombre de chacun d'entre nous, il ne ferme aucunement les portes vers tous les ailleurs possibles. Bien au contraire, As Far As est comme une libération pour aller "aussi loin que...". Cela peut ressembler à une musique de fin du monde mais on peut plutôt l'interpréter comme celui du commencent d'un nouveau.

note : 8

par Fabien, chronique publiée le 20-07-2011

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