.:.Chronique.:.

Pochette

Charrier, Charles-Eric

Oldman

[Joint-Venture Records::2011]

|01 Rudy|02 Riz|03 Mounice & Painponce|04 Abdelatif Charrier|05 Rumi des sables|06 Spider|07 D'où vient le vent|08 Daye d'été|09 Respirer|10 La drague, le Ché|

Charles-Eric Charrier est peut-être le seul et l'unique griot à la peau blanche que le monde occidental ait jamais porté. Je ne fais que le supposer mais la chose se conçoit assez bien. De sa haute stature, les cheveux souvent en pagaille, l'oeil vif et bavard insatiable, une fois un instrument entre les mains, l'homme s'efface derrière sa musique et la laisse s'exprimer naturellement. Et la liberté c'est une chose de très importante pour lui. La figure imposée n'a jamais vraiment été pour lui une manière de s'épanouir réellement. C'est sans doute pour cela qu'il n'a pas pu refuser la proposition du label Joint-Venture. Le projet est simple. Ce disque est comme une carte blanche mais l'homme doit se produire uniquement avec son instrument de prédilection, quelques micros et ce dans son propre salon et dans un laps de temps qui ne doit pas dépasser la simple journée d'enregistrement. La volonté est ici de présenter un musicien en toute simplicité en lui laissant la plus grande marge de manoeuvre possible. Il n'en faut pas plus à Charles-Eric Charrier pour laisser vagabonder son esprit.

C'est donc armé de sa basse, qui l'a toujours accompagné, que Charles-Eric laisse ses doigts se balader, se frotter sur des cordes souples et chargées d'un lourd et long vécu. Et voilà donc Oldman, pseudo sous lequel il s'incarne parfois, qui se présente à nous tel un griot comme on l'a suggéré un peu plus haut. Car, Charles-Eric n'a jamais caché son amour pour l'Afrique qui l'a souvent influencé dans son travail (notamment sur un disque comme Two Heads Bis Bis) et au point de travailler avec des artistes comme Sidi Touré. Ici, il se présente donc sans artifices, laissant échapper sa voix profonde et mystérieuse, ses respirations, les cordes qui se frottent et s'entrechoquent, des mains qui viennent donner un peu de rythme à contre temps. Ce disque est donc, et comme toujours un peu chez lui, la rencontre entre une culture européenne, l'Afrique et, finalement, l'ailleurs. Mais, si on veut aller un peu plus loin, c'est aussi une rencontre humaine car, au fonds, Oldman, n'est pas autre chose que cela, une musique qui parle de l'humain, le rapport qu'il peut avoir avec son environnement et cette manière quasi chamanique d'extérioriser ce qui se garde généralement au plus profond de soi.

Ainsi, Oldman n'est sans doute pas loin d'être l'une des plus belles réussites de Charles-Eric Charrier. Ce disque s'écoute les yeux fermés, seul moyen pour se laisser transporter "par delà les abysses, par dessus les vergers" et de se rendre compte de la justesse de la musique de Charles-Eric et à quel point elle est devenue essentielle. Et pour couronner le tout, il lui fallait bien un écrin à la hauteur d'une telle performance puisque le disque est édité sous la forme d'un livre de 24 pages où se trouvent des peintures du nantais mis en couleurs par sa compagne Béatrice Templé ainsi que des textes. Cette version sera en série limitée à 200 exemplaires mais l'album connait également une édition standart. Quoi qu'il en soit c'est bien une pièce maitresse de l'oeuvre de Charles-Eric Charrier que nous avons entre les mains.

note : 9

par Fabien, chronique publiée le 25-05-2011

A voir également :

http://www.myspace.com/charlesoldman

http://jointventurerecords.bandcamp.com/

?>