.:.Chronique.:.

Pochette

Leo(88man)

From Speaking Parts to Blazing Rows

[Kythibong::2010]

|01 Naked|02 Locked Groove|03 Focus|04 Dry Out|05 Typing Paper|06 Speaking Parts|07 The Fields|08 Surrounded by Ideals|09 Di Corsa|10 Make Tracks|

Se situer clairement dans le sillage d'un Will Oldham ou d'un Bill Callahan (et Dieu sait s'ils sont nombreux) peut être particulièrement dangereux. En effet, quand on connait la discographie des deux esthètes de l'americana on sait à quel point il ne vaut mieux pas être dans l'approximation si l'on veut suivre leurs traces. Il faut un song-writing impeccable et lumineux porté par une voix profonde, lourdement présente, qui sache ne pas en faire trop mais dont la justesse de ton la rend indispensable, intemporelle et incarnant une émotion simple et sincère. Pas facile, donc, de mettre tout ça en oeuvre. La plupart du temps on y parvient avec plus ou moins de bonheur, l'influence des deux américains servant d'alibis ou de justification à toute forme d'approche plus ou moins affirmée. Dans le cas de Leo(88man), qui en est quand même rendu à son troisième album, on a de quoi être soulagé. Léo, lillois de son état, est le digne héritier des deux rois que, jusqu'ici, personne n'a jamais réussi à détroner. Comme pour son précédent disque (Drownin' By Waiting) Léo aura eu besoin d'un peu d'aide. Et il faut dire que le bonhomme aura toujours su bien s'entourer. Pour Drowin' By Waiting c'est Laëtitia Sheriff, Tall Paul Grundy et Philippe Tessier qui sont venus lui donner un coup de main. Pour le présent disque notre lillois aura pu faire confiance à Dudy Ruby et Pierre Marolleau (Fordamage) comme musiciens principaux mais aussi une ribambelle de guests (si on peut les appeler ainsi) comme Chiara Locardi (L'Enfance Rouge). Non, décidément, Leo(88man) ne recrute pas n'importe qui.

From Speaking Parts to Blazing Rows, qui pourrait presque être considéré comme une oeuvre collective, non pas au niveau du song-writing mais de la forme sonore de l'ensemble, est un grand disque, disons le. Sa justesse ne se discute même pas. Il est de ces albums sobres mais redoutablement efficaces qui tombent sous le sens. Nous sommes là, à ne pas en perdre une miette car ici chaque note, chaque intonation, chaque mouvement à son importance. Leo(88man) pose une atmosphère qui ne se comprends pas si on a pas un peu écouté les disques Oldham ou ceux de Callahan. Ce n'est pas du plagiat, c'est juste une filiation. La nuance entre les deux est peut-être mince mais Leo(88man) possède une flamme, LA flamme qui fait toute la différence. Alors, Leo(88man) n'est sans doute pas un moderniste mais il sait vous faire chavirer avec trois fois rien. Et ce sont ces petits rien qui vous emmènent bien plus loin que vous n'auriez cru au départ. Ce n'est pas la France profonde que nous fait traverser Leo(88man) mais bien cette Amérique crépusculaire, celle que l'on fantasme et qu'on idéalise quelque part dans un recoin de notre tête. Ce n'est pas forcément la réalité mais on s'en fout un peu dans le fonds. Un peu de rêve, ça ne peut pas faire de mal.

note : 9

par Fabien, chronique publiée le 20-04-2011

A voir également :

http://www.leo88man.com/docs/index2.html

http://www.myspace.com/leo88man

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