.:.Chronique.:.

Pochette

Fell, Mark

UL8

[Editions Mego::2010]

Moitié de SND, Mark Fell aura été à la pointe des musiques électroniques abstraites et abruptes pendant plus de dix ans. Ecumant les plus beaux labels du genre (Mille Plateaux, Raster-Noton, 12k et, dans le cas présent, Editions Mego), Fell ne s'est toujours pas assagi. Pour preuve ce nouvel opus, UL8, en références aux enceintes Celestion UL8, qui dégoutera définitivement ceux qui ne jurent que par la mélodie et une musique harmonieuse. Cependant, l'harmonie cela ne reste qu'une affaire de perception et on peut également en parler pour Mark Fell. Il s'agit tout simplement de se replacer dans le contexte et de laisser de côté les idées préconçues. Ici, donc, pas de mélodies, pas de structures classiques de la musique. Ce qui intéresse Mark Fell ce sont les modulations de fréquences. Il les fait interagir pour qu'elles prennent place dans l'espace. Divisé en trois parties, UL8 met en évidence une musique résolument abstraite, répétitive, percussive même et si elle donne parfois l'impression que ces pièces ont été construites de manières tout à fait improvisée, on ne pourra pas enlevé à l'ensemble de l'album son orientation glicth. Son minimalisme agressif ne donne aucune chance au confort sonore. Tout y est nerveux, fait d'interférences et de rythmes aléatoires.

Malgré tout on trouve son intérêt dans ce genre d'expérience frontale. Ce que nous présente Mark Fell n'est pas inécoutable comme on pourrait le penser. On décèle une logique dans tout cela, une volonté d'aller quelques part. En rien nous avons affaire avec une musique test qui ne serait qu'un amas de sons sans formes et sans but. Fell est trop intelligent et expérimenté pour tomber dans ce genre d'indigence. Certes, l'expérience est brutale et difficile mais nous sommes encore du combat auditif imposé par les extrémistes noise japonais. Non, Fell reste dans l'audible, le perceptible et il nous invinte dans une musique aux accents très géométriques et où chaque morceau est une équation à plusieurs inconnues. UL8 n'est donc l'album le plus facile à écouter mais le parcours de son auteur démontre qu'il n'a jamais été dans une optique de complaisance musicale qui endormirait l'auditeur dans des certitudes cloisonnantes. Clairement, il préfère l'emploi de textures électroniques à priori destructurées pour provoquer et construire une logique différente, nettement plus cérébrale et détraquée. C'est conflictuel et c'est bien.

note : 7.5

par Fabien, chronique publiée le 08-04-2011

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http://www.markfell.com/wiki/

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