.:.Chronique.:.

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Zeitkratzer

[Old School] : Alvin Lucier

[Zeitkratzer Records::2010]

|01 Fideliotrio|02 Music for Piano with Magnetic Strings|03 Silver Streetcar for the Orchestra|04 Violynn|05 Opera with Objects|

Dans la note qu'il a rédigé pour le livret du cd de cette édition Reinhold Friedl s'interroge sur le fait de savoir si Alvin Lucier est bel et bien un compositeur. En effet, la question pouvait se poser tant Lucier ne travaille pas de la manière la plus traditionnelle qui soit. Pour pouvoir retranscrire sa musique, les interprètes ne s'appuient que sur des instrcuctions couchées sur quelques pages voire, parfois, quelques lignes. Pas de partitions, pas de notes juste des directives. Il n'en demeure pas moins que Friedl conclue logiquement que Lucier est un compositeur puisque ces textes débouchent inévitablement sur des créations musicales. La démarche est certes particulière mais elle n'a pas empêché Alvin Lucier de devenir une référence incontournable de la musique contemporaine, cité comme influence majeur par de nombreux autres artistes (Nurse With Wound, Sonic Youth, Pan Sonic...). Depuis les années 70, Alvin Lucier a exploré les relations qu'il peut exister entre certains phénomènes sonores naturels, la physique acoustique et la psychoacoustique. Dans les années 80 Lucier s'est plus orienté vers la microtonalité et les rapports non conventionnels entre les instruments acoustiques et des oscillateurs électroniques. Tout cela a sans doute un côté scientifique qui peut laisser dubitatif bon nombre de gens peu enclins aux musiques dîtes expérimentales ou contemporaine. Pour autant, Lucier a rendu possible une musique que personne, ou presque, ne pouvait imaginer.

Zeitkratzer s'est plus particulièrement intéressé à des oeuvres qui ont été créées pendant les années 80 et postérieurement. Ce choix n'est sans doute pas un hasard sans doute parce que c'est à partir de cette période que la musique de Lucier est la plus adaptable au format que propose habituellement Zeitkratzer. En effet, ici, ne sont utilisés que des instruments acoustiques, des objets et, partiellement, des enregistrements de sons. Une musique relativement amplifiée, minimale, tonale et qui n'est, après tout, qu'une interprétation comme une autre des écrits d'Alvin Lucier. Les cinq pièces jouées par Zeitkratzer n'ont sans doute pas de valeur représentative de la globalité de l'oeuvre du compositeur américain mais elles peuvent donner une idée dans quelles directions celui-ci a voulu aller. De fait, il n'est pas difficile de constater que ce qui est proposé ici à une teneur particulière qui mérite une attention de tous les instants sous peine de manquer l'essentiel. Zeitkratzer fait encore ici un travail sérieux et retranscrit à merveille l'esprit de Lucier. Sous son propre prisme, la formation allemande nous permet de redécouvrir la musique contemporaine et de nous la faire aimer à nouveau (ou encore, c'est selon). Vivement les volumes dédiés (normalement prévus) à Karlheinz Stockhausen et Morton Feldman.

note : 7.5

par Fabien, chronique publiée le 05-04-2011

A voir également :

http://www.zeitkratzer.de/

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