.:.Chronique.:.

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Zeitkratzer

Whitehouse Electronics

[Zeitkratzer Records::2010]

|01 Munkisi Munkondi|02 Nzambi la Lufua|03 Scapegoat|04 Fairground Muscle Twicher|05 Bia Mintatu|06 The Avalanche|

Reprendre comme cela, au pieds levé, du Whitehouse c'est quand même osé et cela relève du véritable défi. Mais venant de Zeitkratzer plus rien ne nous étonne. Whitehouse, pour les curieux, c'est l'emblématique groupe de power electronics (ou heavy electronics c'est selon), formé par William Bennett (ex-Essential Logic) en 1980, d'abord sous le nom de Come (qui a donné celui de son label Come Organisation et qui avait été soutenu par Daniel Miller et Robert Rental), qui a et qui continue de défrayer la chronique pour de multiples raisons. Le nom du groupe déjà. Whitehouse. Un nom qui a une double signification. Tiré d'un magazine porno, il fait aussi référence à Mary Whitehouse, puritaine anglaise, dont le cheval de bataille était de combattre ce qu'elle considérait comme obscène dans toutes les formes de médias. De fait, Whitehouse a toujours été un groupe pousse au crime, provocant jusqu'à l'extrême et suscitant des réactions plus que négatives. Ainsi, comme le relate Eric Duboys, "Whitehouse a été accusé de tous les maux au fil de son parcours : violence gratuite, apologie du meurtre, du viol, de la pédophilie, racisme, sadisme, misogynie, glorification des tueurs en série, des dictateurs, etc."(in Industrial Musics, Volume 1Le Camion Blanc – 2009). Bien entendu, c'est plus compliqué que ça et prendre Whitehouse au premier degré est le meilleur moyen de se tromper à leur sujet. Si on ne comprend pas que le projet de William Bennett est avant tout une mise en situation de la provocation, du conflit autant intérieur qu'extérieur, de repousser les limites du supportable, de jouer sur nos limites morales et finalement combattre la censure, quelle qu'elle puisse être, il n'est pas utile d'aborder le chapitre Whitehouse.

Pour autant, Zeitkratzer s'est imprégné de cet univers et a tenté de retranscire l'absolue puissance sonore de Whitehouse si tant est que cela puisse être. Enfin, quand on est capable de reprendre le Metal Machine Music de Lou Reed, on peut bien s'engager à faire du Whitehouse. Pour l'occasion William Bennett a même été sollicité puisqu'il a participé aux répétitions et au mixage. Ici, pas de parties électroniques. Zeitkratzer rejoue Whitehouse avec des instruments classiques et ce de manière amplifiée pour essayer de s'approcher au plus près des originaux. Ceci dit, il n'est pas question non plus de faire une copie conforme et d'aller dans l'extrême juste pour être dans une performance jusqu'au boutiste. Il s'agit de reprendre Whitehouse tout en restant Zeitkratzer. Cependant, il y a tout de même des figures imposées pour rester un petit peu dans l'esprit. La durée de l'album, par exemple. Courte, sans concessions, comme une déflagration, une épreuve qui dans sa limite temporelle fait ressortir l'auditeur ébranlé. De même qu'il n'est pas question pour Reinhold Friedl et son ensemble d'édulcorer et rendre plus accessible la musique de Whitehouse. A sa manière, donc, Zeitkratzer développe les stridences, les volumes, les modules, les malaxes, les rendant certes plus audibles mais en allant aussi loin que possible dans le sentiment de malaise et d'inconfortabilité. Et pour que ces relectures soit publiée, c'est bien parce que William Bennett ait donné son aval et qui les ait trouvé satisfaisante. De notre côté on apprécie également l'expérience tant Zeitkratzer se montre convaincant. Certes, la formation allemande ne dépasse pas le défi frontal proposé par Whitehouse mais elle donne une approche différente qui n'est pas dénuée d'intérêt.

note : 7.5

par Fabien, chronique publiée le 14-03-2011

A voir également :

http://www.zeitkratzer.de/

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