.:.Chronique.:.

Pochette

Delplanque, Mathias

Passeports

[Cronica / Bruit Clair::2010]

|01 Passeport 1 (Nantes)|02 Passeport 2 (Lille)|03 Passeport 3 (Dieppe)|04 Passeport 4 (Nantes)|05 Passeport 5 (Lille)|06 Passeport 6 (Nantes)|07 Passeport 7 (Nantes)|

Après avoir scruté les Circonstances de Lena, nous voici de retour aux expérimentations électroniques de Mathias Delplanque qui se voient publier sur le fameux label Cronica en collaboration avec sa propre structure Bruit Clair. Comme on peut s'en douter, Passeports suit une thématique. Travaillé à partir de field recordings, les sept pièces ici présentes sont basés sur des sons pris dans des endroits dédiés aux transports (parkings, trains, aires de transits etc...) et ce dans trois villes différentes (Nantes, Lille, Dieppe). Comme le dit la note de presse Passeports est un disque qui traite de "la relation entre l'espace et la musique – entre les sons et leurs espaces, entre la musique et sa propre place". On ne saurait être plus clair. Delplanque montre ici que la musique aussi froide et ambiant soit-elle, peut imprimer un mouvement dans l'espace et qu'elle n'est jamais quelque chose d'inerte ou vouée à n'être qu'un bruit de fonds sans corps et sans âme. Ici, le mouvement est diffu, on le devine mais il existe réellement et il prends toute la place nécessaire dans l'espace qui lui est dédié. Pour autant, il apparait que la musique de Mathias Delplanque ne se résoud pas à rester confinée à une zone bien définie. Cette dernière finit par se distendre, se disloque pour donner plus de liberté de vagabondage aux sons.

De fait, Passeports n'est pas qu'un simple disque de field recordings. D'ailleurs ceux-ci ne sont qu'un prétexte, un matériau qui ne demande qu'à être exploité et enrichi. Mathias Delplanque ne s'en prive pas et le substrat électronique qui les accompagne forme un tout qui élargie nos capacités de perception. Il faut donc comprendre que ce qui se passe ici ne peut se percevoir pleinement que si on porte une attention totale. C'est assez paradoxal car cela suppose qu'il faut rester immobile et concentré alors que ce disque repose sur le mouvement. Même si ce mouvement est latent, un mouvement qui ronronne, on se sent transporté dans un ailleurs irréel qui magnifie la normalité des sons. L'expérience a beau être introspective, on ne ressent pas ce sentiment et ce besoin de rester enfermé. Bien au contraire, Passeports inspire la volonté d'occuper un terrain extérieur, d'être attentif à tout ce qui bouge autour de nous, comme tout ce qui fait parti de notre quotidien lorsque l'on sort de chez soi. Mathias Delplanque, quelque part, a de l'anthropologue. A travers sa musique, il étudie l'homme, sa façon de vivre, de se déplacer, de se fondre dans un paysage. De plus, sa sensibilité le met largement à l'abri d'une musique trop froide ou trop clinique. Bref, Passeports, c'est la vie, comme un moyen de se libérer des frontières.

note : 8

par Fabien, chronique publiée le 11-01-2011

A voir également :

http://www.myspace.com/mathiasdelplanque

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