.:.Chronique.:.

Pochette

Renz

Wowox

[Vergo::2003]

L’enfer, c’est de s’appeler Torp Ranon, d’habiter Kenectug Broz et d’avoir connu Wowox… Entrer dans son antre. Ne pas en ressortir parce que c’est excellent. De l’art avant d’être de la musique. Du bricolage avant d’être de la production. La finesse d’un film de David Lynch, la couleur en moins. Il faut pénétrer dans l’univers de Vergo Records où tout ce qui se fait est tellement réussit que ça étonne. Ce qu’ils font est d’une impressionnante qualité, dans la musique et dans sa présentation. Voici le contexte, que je ne peux m’empêcher de vous donner : Vous avez entre les mains un petit livret en gros carton qui dit ceci : « Une petite route dans une vallée sombre. Deux phares de faible puissance qui découpent la brume. A l’intérieur de la voiture, il fait chaud. Torp dort, sa tête vibre sur la fenêtre embuée. Il est bien. Ce coup de téléphone était tellement bizarre, tellement rassurant… C’est le soir. L’horizon s’ouvre et le soleil donne un peu de lumière orange avant de disparaître. Dehors, il fait froid, il fait noir. La fille du troisième se blottit dans ses couvertures, elle ne dort plus. Dehors, c’est Kenectug Broz…C’est la nuit, pour longtemps encore. L’album de WOWOX met en musique un épisode de la vie de Torp RANON. Une partie de l’action se situe à Kenectug Broz, petite ville de basse montagne perdue au milieu de la forêt. C’est dans un endroit similaire que l’album a été enregistré. Selon le principe de production du label VERGO, le musicien chargé d’un projet utilise les moyens mis à se disposition : un magnétophone analogique 8 pistes, une vieille table de mixage 16 pistes, une boite de réverbération et quelques vieux micros de bal, qu’il peut emmener où il veut et aussi longtemps qu’il veut. Ainsi, l’enregistrement de WOWOX commence au début de l’été 2000 dans le grenier de la maison de mes grands parents, à côté de la petite porte du placard sans fond, territoire de WOWOX, le gardien des cauchemars de mon enfance. L’endroit est confortable et spacieux, c’est là qu’ont été réalisées les maquettes et qu’a été enregistrée la batterie avec T., l’auteur de l’album B-category film. L’ambiance était bonne et l’acoustique superbe mais pour une raison obscure le matériel a été installé dans le local de répétition du label, humide et insoutenablement sinistre à cette époque, surtout la nuit. Là, le projet s’est enlisé un bout de temps. Puis, un jour, j’ai tout déménagé dans mon appartement, dans la pièce qui a servit de cadre à la photo de couverture. WOWOX y fut achevé en décembre 2001. En dehors d’une ou deux chansons d’amour, les morceaux parlent surtout de monstres dans le noir, de paupière arrachée, de tremblement de cœur, d’oreille brûlée à l’acide, de pieds et de brouillards glacé… Vous devriez passez une petite laine. » Renz Pendant ce temps, vous écoutez, sans ne plus pouvoir rien faire, cette chose singulière, étrange. Brut seulement dans la forme, c’est profond, lourd, ça vire parfois au doucereux. Mi-experimental, mi-post rock, avec les guitares et la batterie on ne peut plus présentes. Lo-fi, à cause ou grâce au 8 pistes. Sombre, inquiétant, reflet de l’endroit où il a été enregistré et des névroses de l’auteur. L’intonation de la voix est proche de celle de Neil Hannon, quand elle ne déraille pas. On peut entendre un banjo et un orgue de Barbarie, rendant l’atmosphère certes plus riche, mais plus sinistre. Les cris sont étouffés. Les guitares hurlent mais personnes ne semble les entendre. Quand ça se calme, ce sont les mots qui sont plaintifs dans des ballades comme « Dusk Last Moment ». Ce disque va réveiller vos démons internes. Voilà, vous en savez un petit peu plus sur ce mystérieux album…

note : 9.5

par Juliet, chronique publiée le 15-10-2003

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