.:.Chronique.:.

Pochette

Scott-Heron, Gil

I'm New Here

[XL Recordings::2010]

|01 On Coming From A Broken Home (Part 1)|02 Me And The Devil|03 I'm New Here|04 Your Soul And Mine|05 Parents (Interlude)|06 I'll Take Care Of You|07 Being Blessed (Interlude)|08 Where Did The Night Go|09 I Was Guided (Interlude)|10 New York Is Killing Me|11 Certain Things (Interlude)|12 Running|13 The Crutch|14 I've Been Me (Interlude)|15 On Coming From A Broken Home (Part 2)|

Gil-Scott Heron est une légende. On a longtemps dit de lui qu'il fut un des précurseurs du rap. D'abord romancier (il publie son premier livre, Le Vautour, a 19 ans) ce n'est que quelques années plus tard qu'il sortira son premier album (Small Talk At 125th And Lenox) dont les textes sont purement politiques et portés par une musique à la frontière entre le free jazz et du blues. A l'instar des Last Poets, il marque les bases de ce que sera le rap contestataire des années 80. Même si, par la suite, il prendra un virage plus soul il ne perdra jamais son engagement politique. Célébré par Public Enemy et bien d'autres, Gil Scott-Heron avait finit par se faire oublier. Particulièrement discret ces trois dernières décénnies, il avait finit par sombrer dans ce qu'il avait jadis dénoncé. La drogue ne pardonne pas. Elle l'a crucifié, le menant en prison et le rendant dans un état de pauvreté proche du pathétique. On parle alors de lui comme d'un "vaincu", d'un vieux gladiateur, les deux genoux à terre qui n'attends plus qu'on l'achève. Pourtant, on lui a offert une chance de prendre sa revanche ou, du moins, de relever la tête. Cette bénédiction on la doit autant à Don Letts qu'à Richard Russell. Si le premier n'avait pas réalisé un film sur Gil Scott-Heron (The Revolution Will Not Be Televised), le second n'aurait peut-être pas eu l'idée d'aller rencontrer l'artiste en prison pour lui proposer de faire ce qu'il fait le mieux.

Gil Scott-Heron revient donc de loin mais personne ne peut dire vraiment s'il est totalement sauvé ou si ce n'est qu'un passage heureux dont nous serions que les seuls bénéficiaires. Car il faut bien dire que I'm New Here (dont le morceau du même nom présent sur l'album est emprunté à Bill Callahan) est une petite merveille. Une courte merveille qui passe presque comme un éclair. Le disque fait, en effet, qu'un peu plus de 28 minutes. Il est composé de huit morceaux mais la bonne moitié d'entre eux ne sont que des interludes. On aurait pu croire à l'arnaque, au hold-up ou, tout simplement, l'ultime effort d'un vieil homme fatigué. Bien au contraire, I'm New Here est un disque sombre, rédempteur, moderne. Est-ce la touche de Damon Albarn et de Kanye West ? Ces deux là ne sont présent que partiellement sur l'album. Celui-ci est sans doute le fait d'un travail collectif mais, au final, seul illumine Gil Scott-Heron. Pourtant, on l'imagine proche du gouffre, prêt à tomber, une fois de plus, vers les limbes. I'm New Here est peut-être son dernier sursaut d'orgueil. Mais ce disque est aussi sa victoire. Le déluge de louanges dont il fait l'objet montre que les légendes ne s'éteignent jamais. Et pour cause. I'm New Here, malgré sa courte durée, est un disque absolument beau et habité. Et quand bien même Gil Scott-Heron aurait perdu de son mordant cela n'aurait que peu d'importance. Ce qui l'est c'est ce disque incandescant qui sonne comme le réveil d'un homme trop longtemps endormi.

note : 9

par Fabien, chronique publiée le 26-05-2010

A voir également :

http://www.myspace.com/revolutionwillnotbetelevised

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