.:.Chronique.:.

Pochette

Belle and Sebastian

Dear Catastrophe Waitress

[Rough Trade::2003]

|01 Step Into My Office, Baby|02 Dear Catastrophe Waitress|03 If She Wants Me|04 Piazza, New York Catcher|05 Asleep On A Sunbeam|06 I'm A Cuckoo|07 You Don't Send Me|08 Wrapped Up In Books|09 Lord Anthony|10 If You find Yourself Caught In Love|11 Roy Walker|12 Stay Loose|

Avec l'annonce fracassante de l'arrivée à la production de cet album, le sixième du collectif mais le premier sur le prestigieux label Rough Trade, de Trevor Horn (ancien Buggles mais surtout collaborateur d’artistes aussi illustres que Tatu ou Seal...), nous nous attendions à un désenclavement violent de la ligne de front et à un profond bouleversement dans la distribution des territoires respectifs des partisans et opposants aux écossais. Rappelons ainsi les forces en présence avant le 7 octobre 2003 : à l’est donc, la coalition de ceux qui détestent le groupe pour, au choix, son côté boy-scout ou prétendument ennuyeux et niais, au centre, le camp des neutres, suivant les hostilités de loin, espérant, pour la plupart, sans cesse et secrètement un nouveau "If you're feeling sinister", et enfin à l’ouest, les fanatiques, tout acquis à la cause Murdochienne. Je dois d’ailleurs ici confesser mon appartenance à cette dernière faction, même si ne croyant plus depuis longtemps au paradis des vierges écossaises, notamment suite à la démission d'Isobel Campbell et un chétif "Fold your hands child (...)", je sacrifierais ma vie pour cette cause, davantage par romantisme et nostalgie que par conviction.

Las, le disque désormais disponible, on peut affirmer que les passions ne se raviveront pourtant que peu et les positions resteront bien gardées. Au mieux assistera-t-on à quelques manoeuvres frontalières d’intimidation, au "pire" à la poursuite de la démobilisation générale. Pourquoi ? Eh bien car ce disque reste avant tout un concentré de Belle and Sebastian tel que le groupe s’efforce à le rendre indéfinissable depuis ses débuts finalement.

"Step into my office, baby" donne le ton majeur de l’album : pop et ambitieux, plus riche et moins ouaté que les prédécesseurs. Premier single enjoué et audacieux, avec notamment son passage a cappella relativement long et ses accents sucrés empreintés à Brian Wilson, ce titre rassurant demeure pourtant un de ceux qui m’a le moins convaincu et indubitablement, derrière l’habillage en trompe l’œil réussi, un des plus pauvres de la troupe à ce jour.

Heureusement suit immédiatement "Dear Catastrophe Waitress". Evoquant la rythmique très particulière du "Poupée de cire poupée de son" de Gainsbourg que le groupe reprenait un temps sur scène, ce morceau est la confirmation que les textes sont toujours signés de cette fameuse plume quasi-photographique, apte à saisir en quelques mots une personnalité, un sentiment, une ambiance etc. Le propos y est également servi de façon magistrale par la musique, les différents mouvements accompagnant (trop ?) parfaitement la montée de la colère et la résignation de cette serveuse maladroite décidée à prendre sa revanche sur la vie (là encore thème récurrent chez Stuart Murdoch).

"If She Wants Me", légèrement paresseux mais toujours luxueux, étonne surtout par quelques sonorités transposées par on ne sait trop quelle faille spatio-temporelle des Caraïbes aux eaux de la Mer du Nord. Faille similaire toutefois à celle qu'a du traverser "Piazza New York Catcher". On n’espérait en effet plus à ce stade un tel titre : acoustique, dépouillé et pourtant céleste. Pour sa part, le très plaisant et champêtre "Asleep on a sunbeam" nous révèle, en revisitant un canevas assez classique là encore pour les habitués des opus précédents, la douce voix de Sarah Martin qui remplace poste pour poste (avec un précision chirurgicale qui en deviendrait presque effrayante) l'ancienne violoncelliste auteur d’Amorino.

Sur l'enlevé "I'm a cuckoo", le fil conducteur est assuré par un synthé vintage comme on ne pensait plus en entendre depuis le départ de Stuart Davids (Looper) mais le morceau traîne hélas un peu trop en longueur. "You don't send me" évoque plutôt la fibre psyché et euphorique d'un Legal Man, fibre à laquelle je demeure assez hermétique. Il pâtit de plus de son enchainement avec l'excellent "Wrapped Up In Books" qui, avec sa basse volontaire et sa trompette mélancolique, reste une des preuves les plus étincelantes de la capacité toujours ardente du groupe à concocter ces titres accrocheurs à partir d’une matière première dont les saveur et consistance si particulières ne s’y prêtent pourtant pas volontiers a priori.

"Lord Anthony" réjouira quant à lui la majorité silencieuse de nos Helvètes. Composé avant même la formation du groupe et joué à maintes reprises en concert, le titre bénéficie d'un traitement délicat et n'aurait pas dépareillé à la suite d'un "Judy and the dream of Horses". Cette magie est prolongée pour une courte minute encore par le piano d'introduction de "If you find yourself caught in love" qui s’envole ensuite dans les cieux moins hospitaliers d’un "Dirty Dream Number 2".

Comment, enfin, ne pas évoquer l'OVNI "Stay Loose"? Ponctuant l’album sur une touche très new wave, curieusement assez proche dans l’esprit du son du dernier Dandy Warhols, on ne peut s'empêcher de penser qu'il constitue cependant assurément plus une de ces fantaisies dont le groupe est friand qu’un changement de cap durable. Du reste, il prend très rapidement une tournure plus conventionnelle.

Pour conclure, certains ne manqueront pas de reprocher à cet album d'être surproduit mais c'est à mon avis un faux procès qui conduirait à reprocher à la tour de Pise d'être penchée. Le groupe a toujours fait preuve d'une aisance mélodique incomparable. La production ne fait donc ici que souligner la luxuriance des arrangements qu'on a toujours aimée chez lui. Alors sûrement qu'on ne continuera pas dans 5 ans à y découvrir des trésors cachés comme sur le fameux petit album rouge, que certains titres sont mélodiquement faibles à l’aune des standards du groupe, mais dans les faits ce Dear Catastrophe Waitress tourne en boucle depuis une semaine chez moi et constitue, je crois, un des disques de pop les plus exaltants et réjouissants de l'année. Un disque délicieusement ludique (caractère attesté par exemple par cette balle de ping pong qui rebondit à la fin de Roy Walker) à la dimension de l’orchestre de poche, plus que jamais à l'écart des modes, imparfait certes mais loin devant nombre de pseudos nouvelles sensations. Bref la guerre d’usure peut continuer.

note : 8

par Thomas F., chronique publiée le 15-10-2003

p.s. : Un DVD retraçant la période Jeepster du groupe sera très prochainement mis en vente.

A voir également :

http://www.belleandsebastian.co.uk/

http://www.fineran.demon.co.uk/basrefs/


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Splinter : avis du rédacteur
dropkick : avis du rédacteur
Yann : avis du rédacteur
Zulyen : avis du rédacteur
popop : avis du rédacteur
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