.:.Chronique.:.

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Various Artists

4 Women No Cry Vol.3

[Monika Enterprise::2008]

Quand une idée est bonne on l'exploite jusqu'au bout. C'est sans doute ce qu'a dû se dire Gudrun Gut avec la série 4 Women No Cry. Rappelons le principe tout de même. Le but n'est pas ici de faire la promotion d'un catalogue ou d'enchaîner les remixes aussi bons soient-ils. L'intérêt réside dans la découverte de quatre jeunes femmes, aux nationalités différentes, à qui on donne l'opportunité, en quelques titres, de mettre en lumière leurs possibilités artistiques. Bien entendu, elles ne sont pas choisies au hasard et leurs penchants pour les sonorités électroniques et les expérimentations pop sont des critères essentiels pour figurer sur cette compilation. Jusqu'ici Gudrun Gut ne s'est jamais trompé sur les personnes qu'elle a réuni sur cette série. D'ailleurs elle mène son label avec le même type d'intuition, le même genre de feeling qui ont fait de Monika Enterprise une structure au goût assuré. En soit ce troisième volet ne dérogera pas beaucoup à la règle et c'est avec une certaine délectation qu'on peut se pencher sur ce disque aux accents très mondialisés.

La première à ouvrir le bal est la Colombienne Lucrecia qui offre quatre morceaux d'une subtile électro-acoustico-pop qui n'est pas sans rappeler les meilleures heures du label Morr Music. Tout en simplicité et en fragilité Lucrecia, ou plutôt The Sound Of Lucrecia, nous délivre ses chansons avec une douceur et un détachement désarmant. Comme de petites ballades automnales, de celles qu'on exécute sans beaucoup se presser, ces premiers titres constituent une entrée en matière somme toute assez classique mais tout à fait séduisante. A noter, par contre, la présence appréciable de Luke Sutherland (Long Fin Killie, Music AM) sur Answering Machine.

La suite s'avère un peu plus ardu et abstrait. D'abord avec la Grecque Manekinekod aka Eleni Adamopoulou qui s'éloigne clairement des chemins balisés de la pop pour oeuvrer dans une musique plus expérimentale et répétitive où les collages et les sampling prennent une place prépondérante dans le processus créatif de la jeune femme. Parfois un peu froide et intellectualisée sa musique n'est est pas pour autant austère. Au contraire on entend chez elle une incroyable volonté d'aller au delà du simple effet de style. On devine également chez elle quelques atomes crochus avec la musique industrielle dans sa forme originelle et la musique contemporaine et concrète. De ces influences supposées, Manekinekod arrive à faire quelque chose de parfaitement digeste pour ne pas dire limpide, ordonné mais surprenant.

Pour lui succéder on a choisit l'Américaine Julia Holter qui, elle, est plus orientée vers les sonorités 80's et plus particulièrement la coldwave. Là encore, et comme pour les deux précédentes, on est étonné par la justesse déployée par Julia Holter. On la louera également pour sa compétence à ne pas tomber dans le plus vulgaire cliché et la copie trop conforme. En effet, la jeune femme réussit à être moderne et créer un univers des plus particulier tout en gardant un côté évocateur envers les mouvances cold des années 80 et ses poursuivants de la décennie qui a succédé. Une beauté froide qu'on ne connaît plus guère de nos jours ou si rarement.

Enfin, c'est au tour de la Brésilienne Liz Christine de clôturer ce disque aventureux par ses expérimentations électroniques largement inspirées par son amour du cinéma. Elle avoue avoir une préférence pour Buñuel et Truffaud ce qui se traduit assez bien dans la musique qu'elle réalise. A la fois mélancoliques et surréalistes ses compositions traduisent une volonté d'échapper aux affres de ce temps et de se calfeutrer soigneusement au besoin d'une esthétique sonore faite de collages et d'installations électroniques de premier ordre.

En un peu plus d'une heure, ce troisième volume dépasse ses deux prédécesseurs grâce à une sélection qui se révèle à chaque fois plus audacieuse. A l'instar des compilations Total chez Kompakt ou les Electric Ladyland chez Mille Plateaux, la série 4 Women No Cry conforte Monika Enterprise dans son identité et fait désormais office de marque de fabrique.

note : 9

par Fabien, chronique publiée le 17-03-2009

A voir également :

http://www.monika-enterprise.de

http://www.myspace.com/monikaenterprise

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