.:.Chronique.:.

Pochette

Oldman

Son, Father And Son

[Arbouse Recording::2008]

|01 Son, Father|02 Mon Délicat|03 Mama ! Hum...|04 Grandfather's Shield|05 Son, Father And Son|06 Morron|07 Father And Son|08 Half Brother|

Rarement Charles-Eric Charrier s'est résolu à produire des disques sans être entouré. La solitude n'est pas vraiment son truc et travailler en vase clos non plus. Même si ses disques sortent sous ses différents pseudos (sauf cas particulier comme pour Two Heads Bis Bis où il partage l'affiche avec Neil Carlill), il y a souvent d'autres musiciens pour le soutenir et apporter les pièces qui manquent à son puzzle. Pour Son, Father And Son... c'est Thierry Le Coq, un auteur-compositeur-interprète trop méconnu, qui vient prêter main-forte pour un disque qui, une fois de plus, se révèle être pour Oldman des plus personnels. De toute façon, on imagine mal que cela puisse être autrement quand on connaît un tant soit peu le bonhomme. Sa musique a toujours été le relais de ses rapports aux autres, de ses inquiétudes, un besoin quasi affectif mais également une recherche sonore qui est aussi torturée que tournée vers la serénité. De fait, Charles-Eric Charrier ne fera jamais une musique à visage unique. Ainsi un morceau à dominante pop se verra toujours intégrer des sonorités différentes qu'elles soient électroniques, post-industrielles, rock ou africaines. De tout cela, Son, Father And Son... est sans doute une synthèse. On y sent chez lui toute son humanité, ses instincts paternels tout comme ses côtés sombres et ses angoisses. Musicalement, Oldman et Le Coq ont essayé d'échapper à tout académisme, sauf à l'exception de Mon Délicat, douce mélopée acoustique, qui se suffit à elle-même. Une douceur qui trouve bien vite son opposé au morceau suivant, Mama ! Hum..., à la noirceur et à l'ambiguité quasi lynchienne. Voilà, un disque comme Son, Father And Son... c'est un peu comme Lost Highway. Vous pouvez avoir l'impression de dévaler en pleine nuit une route nationale, tous phares et projecteurs ouverts et vous retrouver subitement dans un environnement protégé où la normalité reprend un peu de ses droits.

Charles-Eric Charrier et son comparse peuvent donner un sentiment d'irrégularité, passant d'une humeur à une autre sans que cela ait un véritable sens. Mais quand on réfléchit un tant soit peu, on trouve normal qu'il n'y ait pas de logique sur ce disque. Enfin, une logique cartésienne. Parce que, finalement, Son, Father And Son... c'est un peu l'histoire de la vie, celle qui ne veut pas connaître la linéarité, les faux semblants et l'artificiel. Le caractère assez filial de ce disque nous renvoie cette image d'instants d'existence qui, si on les prend dans l'absolu, n'ont d'importance que pour ceux qui les vivent. Cependant, Oldman nous associe à eux, leur donnant un côté des plus familiers, en les illustrant par une musique qui se veut adaptée à chaque situation. C'est sans doute pour cela qu'on ne peut classer Charles-Eric Charrier dans un style en particulier. C'est un artiste polymorphe qui fonctionne autant à l'instinct qu'à l'affectif. Mais tout cela on le sait déjà. Que ce soit à l'époque de Man ou pendant ses efforts solitaires, l'homme a systématiquement fonctionné ainsi. Personnage atypique, autant que sa musique, il aurait bien mérité de figurer dans le livre d'Eric Deshayes et Dominique Grimaud sur l'Underground Musical en France (Le Mot Et Le Reste - 2008) qui a mis en exergue les Heldon, Jac Berrocal, Comelade, Art Zoyd et autres Pierre Bastien. Il appartient nettement à cette famille d'électrons libres qui ont favorisé la recherche musicale plutôt que le paraître.

note : 8

par Fabien, chronique publiée le 17-02-2009

A voir également :

http://www.myspace.com/charlesoldman

http://www.arbouserecordings.com/

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