.:.Chronique.:.

Pochette

Jeck , Philip

Sand

[Touch::2008]

|01 Unveiled|02 Chime Again|03 Fanfares|04 Shining|05 Fanfares Forward|06 Residue|07 Fanfares Over|

Malgré quelques incartades, Philip Jeck a toujours été fidèle au label Touch. C'est sans doute sur ce même label qu'il a fourni ses meilleures réalisations. Pour cet homme qui utilise essentiellement du matériel de seconde main et passablement daté, les performances se suivent et forcent à chaque fois le respect. Ainsi Sand, son nouvel opus, aura été conçu avec un mini-disc Sony, un mixer Behringer et de vieux synthétiseurs Casio. Comme matériel il y a plus récent mais cela a été (comme toujours) suffisant pour créer ces sept pièces néo-contemporaines qui ont été enregistrées live. Tourné vers une architecture proche de l'abstraction et de l'irréel, Sand joue sur les oppositions de textures. Ainsi le proche côtoie aisément le lointain, l'intime et la chaleur se lient avec les grands espaces et la neutralité de nappes éternelles. Le résultat est à chaque fois étonnant et se place dans un post-modernisme beaucoup plus vivant qu'il n'y paraît. Philip Jeck ne se donne pas de limite. Il explore et exploite au maximum les possibilités de ses machines. De fait, il leur offre une seconde jeunesse et prouve que le recyclage technologique est vraiment d'à-propos. En tout, avec un matériel censé être dépassé et que peu osent encore utiliser, il obtient une musique passionnante et foisonnante.

Par bien des aspects, les morceaux de Sand sont le reflet d'une musique esthétique, souvent sombre (nocturne serait sans doute plus juste) mais qui, par séquences, s'offre une luminosité qui confine quasiment à l'aveuglement. Pour autant Philip Jeck sait jusqu'où il ne doit pas aller. Il sait doser ses effets pour donner le maximum de rendu et donner une plus grande force à ses créations. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, Jeck ne se limite pas. Simplement il évite très astucieusement de donner dans la surenchère. Un disque, enfin, qui laisse planer sciemment des imperfections sonores. Il aurait été facile de tout remasteriser et d'avoir un son des plus propres mais Philip Jeck est resté dans une sorte de production inachevée qui donne cette impression d'être hors du temps, de vivre un rêve fantomatique, reflet d'un monde perdu et en déliquescence. Et c'est imparable. Sand possède alors une force poétique que ne pourrait avoir une oeuvre trop produite ou trop ronde. Jeck a donc choisi la difficulté mais il s'en sort grâce à son sens inné de la mise en forme et de sa parfaite connaissance de ses instruments. Ce qui, en soi, n'est pas forcément donné à tout le monde.

note : 8.5

par Fabien, chronique publiée le 22-07-2008

A voir également :

http://www.philipjeck.com

http://www.touchmusic.org.uk

?>