.:.Chronique.:.

Pochette

Oldman

Two Heads Bis Bis

[Low Impedance::2008]

|01 Broken Teeth|02 Two Heads Bis Bis|03 Dust|04 Sunny Afternoon, African Charge|05 Noze, Teeth, Eyes|06 Ghosts|

Depuis qu'il a décidé de poursuivre sa route seul, Charles-Eric Charrier, ex-Man, ne s'arrête plus. Comme une question de survie. Menant plusieurs projets en même temps, il a une soif de composer qui ne s'est jamais démentie. Il suffit de parler un peu avec lui pour voir que le bonhomme sait exactement ce qu'il veut et que sa musique est loin d'être du débitage sonore au kilomètre. Exigeant à tout point de vue, il ne saurait y avoir d'à-peu-près dans son oeuvre. Et comme un disque de Oldman ne ressemble jamais au précédent, c'est comme si on le découvrait à chaque fois mais toujours avec cette impression qu'il pousse encore plus loin ses expérimentations, mettant la barre un peu plus haut. A ce titre Two Heads Bis Bis pousse encore l'aventure sonore d'Oldman sur une terra incognita dont lui seul a les clés. Du moins, les portes ne sont jamais fermées à double tour chez Oldman et il laisse toujours une large place à une libre interprétation de sa musique. C'est pourquoi Two Heads Bis Bis ne peut être compris dans une seule et même logique. On navigue alors entre urbanité, mysticisme, africanisme, où la lumière rencontre le très sombre, sans que cela ne choque outre mesure. Si, de prime abord, tout semble se présenter comme un projet n'ayant aucune ligne directrice précise, on se rend compte que Two Heads Bis Bis possède une unité, les idées s'imbriquant les unes dans les autres avec limpidité.

Aussi âpre que lumineux, ce disque est une véritable aventure sonore qui joue de subtilités et explore méthodiquement les possibilités des instruments utilisés. Epris d'une certaine nonchalance, Two Heads Bis Bis n'est pas pour autant un album paresseux. Tout simplement, Oldman ne se précipite pas mais s'implique avec précision comme une mécanique humaine qui s'installe dans des musiques obliques, sondant les bas-fonds en les faisant éclater au grand jour. En aucun cas Oldman ne fait de la musique nombriliste. Il décortique les sons et nous les offre sur un plateau mais en prenant soin de faire aller l'auditeur au-delà d'une écoute polie. Two Heads Bis Bis se vit de l'intérieur et si ce disque peut être qualifié de cérébral, c'est tout à son honneur. Pour autant il serait incongru de mettre Charles-Eric Charrier dans une petite case. Réfractaire à l'immobilisme musical, il est une révolution permanente à lui tout seul. A chaque fois on se dit qu'il est à son meilleur niveau mais il arrive à muter et dépasser ses anciennes expériences. On ne sait d'ailleurs pas où il s'arrêtera et jusqu'où il est capable d'aller. C'est pour cela que la suite programmée de Two Heads Bis Bis est un mystère. Et c'est pour cette raison qu'il est passionnant.

note : 9

par Fabien, chronique publiée le 10-06-2008

A voir également :

http://www.myspace.com/charlescoldman

?>