.:.Chronique.:.

Pochette

Worrytrain

Fog Dance, My Moth Kingdom

[Own Records ::2007]

|01 Prelude For Piano And Malaria|02 Celestial Police|03 For Auschwitz|04 Thundertrance Interlude|05 Achtung, God|06 Hospitalized|07 Soviet Passages|08 White Phosphorus Angels|09 The Moth Screamed Harvest|10 Saturniidae|11 Cambodia (Piano Duet)|12 Exorcism For Cello And Malaria|13 The Trenches Choir|14 Ode To Faithfull Kataklysm|15 End Theme|

Les disques post-apocalyptiques sont souvent remplis de clichés, utilisant les mêmes ficelles pour parvenir à leurs fins et sous-tendant une mélancolie circonstanciée que l'on a digérée depuis trop longtemps. Il sera toujours temps de réviser ce constat avec ce Fog Dance, My Moth Kingdom. Joshua Neil Geissler n'en a peut-être pas conscience mais il vient de réaliser un album d'une beauté inouïe, proprement décadent et bâti sur les ruines d'une civilisation occidentale malade de son hégémonie. Sobre, froid et allant le plus souvent à l'essentiel, Worrytrain oeuvre dans une musique dépouillée, à fleur de peau et qui fait ressortir une infinie tristesse. Piano et ensemble de cordes sont souvent les seuls instruments, du moins les principaux. Fog Dance... est sans doute l'album de l'innocence perdue, celui qui donne une image de ce qui aurait pu être mais qui ne sera jamais, celui, enfin, d'un XXème siècle d'une cruauté sans égale dont nous n'avons pas encore fini de sentir les répercussions. De ce passé proche et destructeur Geissler extrait une musique certes mélancolique mais aussi pleine d'espoir. Cependant cet espoir est léger et Geissler sait que l'on porte en nous les germes de la destruction. C'est sans doute pour cela que viennent se greffer des morceaux comme Thundertrance Interlude, court moment d'une brutalité sans pareil qui rappelle les expériences noise d'un Merzbow.

Si Fog Dance... est d'une mélancolie quasi mortuaire, on n'y trouve aucune sensiblerie puérile. On touche alors à tout ce qu'il y a de plus profond dans l'humanité, un sentiment d'espoir qui naît sur les cendres des absurdités du siècle passé. On peut bien sûr penser à Steve Reich ou Gavin Bryars ainsi qu'à toute la mouvance du minimalisme américain mais Geissler est dans une démarche bien différente, de ceux qui ne se contentent pas de ressasser les mêmes structures musicales. Tout cela est certes plein de solennité, c'est parfois un peu grandiloquent mais il n'y a pas de pesanteurs et la beauté des morceaux est intouchable. Si ce disque de Worrytrain n'est pas d'un franc optimisme il permet, par contre, d'être en paix avec soi-même et de se sentir plus humble devant les choses de ce monde.

note : 9

par Fabien, chronique publiée le 24-12-2007

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