.:.Chronique.:.

Pochette

Bardo Pond

Ticket Crystals

[ATP Recordings/La Baleine::2006]

|01 Destroying Angel|02 Isle|03 Lost Word|04 Cry Baby Cry|05 FCII|06 Moonshine|07 Endurance|08 Montana Sacra II|

Après une bonne quinzaine d'années d'activisme musical, il serait quand même temps de rendre grâce à Bardo Pond. Ce n'est sûrement pas l'un des groupes les plus cités comme influence majeure mais son importance n'en est pas moindre pour autant. Thurston Moore ne s'y est d'ailleurs pas vraiment trompé puisque ce n'est pas par hasard qu'il les avait invités lors de l'édition 2001 du festival All Tomorrow's Parties et que Barry Hogan, subjugué par leur prestation, les signa pour ATP Recordings et les fit enregistrer dans la foulée On The Ellipse. Si la discographie du groupe compte officiellement six albums avec le présent Ticket Crystals, on évite souvent de comptabiliser les cd-r sortis ces dernières années et les nombreuses collaborations. La carrière de Bardo Pond a été très largement remplie et a pris une place prépondérante dans la mouvance indie-rock américaine. Ticket Crystals est censé achever une trilogie qui s'était entamée avec Dilate. Ticket Crystals répondrait alors à des normes qui tiennent sur une lourdeur mélodique, des envolées lyriques et un effleurement au psychédélisme. Bardo Pond n'a jamais eu peur de faire des morceaux qui dépassent allègrement les dix minutes et la force de ce groupe est de pouvoir les rendre fascinants. Ainsi ce disque démarre par une longue envolée aux guitares épaisses et abruptes que vient à peine nuancer la flûte d'Isobel Sollenberg. Destroying Angel nous dit la chanteuse comme si il était temps d'éliminer toute innocence et de pénétrer dans un monde plus adulte, dans une musique plus élaborée, signe d'une créativité déniaisée de tous les affres d'un rock masturbatoire et juvénile.

A ceux qui croient maladroitement que Bardo Pond est un groupe de rock progressif à cause de la longueur de ses morceaux, ils se trompent lourdement. Les Américains n'ont rien en commun avec les boursouflures techniques et pompeuses du prog. La filiation de Bardo Pond est plus à chercher dans une sorte de doom allégé, qui a encore une part de candeur et une hauteur de vue qui a toujours fait d'eux un groupe à part. Avec ses distorsions électriques et son emprise totale sur un son soumis à une rude pression, Bardo Pond n'a pas peur de s'engouffrer dans des explorations noisy à la limite de l'implosion. Une fois de plus le groupe impressionne de par son ampleur sonore, sa capacité à briser les barrières et à avancer tel un rouleau compresseur que rien n'arrête. Pour autant Bardo Pond n'est pas fatalement une formation aux contours musicaux disgracieux. Il parvient à insuffler une grâce mélodique dans ses compositions et même s'il reprend du John Lennon dans une version sympathique mais dispensable de Cry Baby Cry Bardo Pond fait montre d'un talent rare dans la prise d'émotions et la maîtrise mélodique. Donc oui, et cent fois oui, il faut bien tirer cette formation du semi-anonymat qu'il connaît par chez nous. Elle mérite bien cela.

note : 8

par Fabien, chronique publiée le 09-08-2006

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