.:.Chronique.:.

Pochette

Marchetti, Lionel - Petit, Emmanuel

Docteur Kramer (You Are Not You)

[Musica Genera/Metamkine::2005]

Avant d'entamer cette collaboration Lionel Marchetti et Emmanuel Petit avaient déjà un lourd passé dans les musiques expérimentales, bancales et cérébrales. Lionel Marchetti est surtout connu pour ses démarches dans la musique concrète. Après être passé au GRM et au CFMI de l'université de Lyon 2 on a souvent vu Marchetti avec Jérôme Noetinger (patron de Metamkine et aussi intervenant dans Soixante Etages) et Olivier Capparos pour le compte de l'ACR (ateliers de création radiophonique) de France Culture. On l'aura également remarqué avec la danseuse Yoko Higashi pour un "duo d'improvisation et chorégraphie Danse/Musique" et pour ses talents d'essayiste (La Musique Concrète De Michel Chion). Ses nombreux disques sont disséminés dans différents labels aussi exigeants que Métamkine, Staalplaat, Erewhon, Auscultare ou Vand'Oeuvre. Emmanuel Petit a un parcours plus discret mais tout aussi intéressant. Guitariste de son état, on l'aura vu et entendu dans Misères Et Cordes ce qui reste l'un de ses principaux faits d'armes. Petit avait déjà collaboré avec Marchetti, associés pour l'occasion à Christophe Cardoen pour l'album Mère Feu 40 Têtes.

Docteur Kramer (You Are Not You) est l'association de deux oeuvres distinctes. La première, portant le nom de l'album, est inspiré par une séquence du film Satan Tango ( film de sept heures qui retrace la déchéance du communisme ) du cinéaste hongrois Béla Tarr. La deuxième oeuvre, ZiZi, a été enregistré antiérieurement à Docteur Kramer mais, sur le fond, ces deux pièces sont basées sur le même principe de travail, à cette différence près que Docteur Kramer se veut plus électrique au niveau des guitares que ZiZi. Les textures électroniques concrètes de Marchetti font corps commun avec les guitares abstraites de Petit. A noter que Dominique Répécaud (Soixante Etages, Etage 34...) vient prêter main forte à Petit sur Docteur Kramer. La lenteur vient comme un leitmotiv absolu sur ce disque à l'instar des films de Béla Tarr dont c'est la caractéristique majeure, bien que par moment cette même lenteur soit ponctuée par des mouvements électriques violents comme pour bien signaler que rien n'est jamais figé. Ceci a cette conséquence heureuse de bien pouvoir s'imprégner de ces compositions aux armatures complexes et contemplatives. Oeuvre lourde et brumeuse, Docteur Kramer s'inscrit dans la lignée des disques qui allient savamment textures vocales, collages sonores, une amplitude électrique et électronique large qui font la pertinence d'un album comme celui-ci.

note : 7

par Fabien, chronique publiée le 28-02-2006

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