.:.Chronique.:.

Pochette

Calla

Collisions

[Beggars Banquet::2005]

|01 It Dawned On Me|02 Initiate|03 This Better Go As Planned|04 Play Dead|05 Pulverized|06 So Far, So What|07 Stumble|08 Imbusteros|09 Testify|10 Swagger|11 Overshadowed|

La plupart des groupes ayant un minimum d'ambition attendent généralement d'avoir une assise médiatique suffisante et la bénédiction de la presse pour se permettre de prendre des risques. Il n'est pas étonnant que les trois Texans de Calla soient longtemps restés dans l'ombre, car leurs deux premiers albums (un éponyme en 1999 puis Scavengers en 2001) étaient absolument sans concessions. Très expérimentaux, ils formaient un dyptique d'une étonnante maturité, marqué par un style sombre et mystique, mais n'étaient pas vraiment à la portée du néophyte. Puis, las d'écumer les labels, le groupe se remit en question; le bassiste Sean Donovan (officiant également à la programmation des boucles) capitula et quitta la formation. L'aventure aurait pu se terminer ici, mais c'était sans compter l'ambition du chanteur Aurelio Valle, résolu à montrer que son groupe était capable de s'adapter aux exigences du public.

Cette crise interne explique peut-être la curieuse évolution à contre-courant de Calla, qui dès lors se rendit plus abordable. Les tubes poisseux de Televise (2003) réalisaient un excellent compromis entre le Calla originel et un rock plus accessible, aujoud'hui personnifié en ce nouvel opus Collisions. Si Televise était un album de transition (quel mot péjoratif!), il avait l'intelligence de prendre ce qu'il y avait de plus intéressant de là où il venait et de vers où il se dirigeait, créant ainsi un panel de chansons d'une richesse inédite; en définitive, ce fut une opération de contre-espionnage sans bavure, montrant qu'on peut infiltrer un système établi (le rock populaire) pour mieux le pourrir de l'intérieur sans se laisser corrompre. Comble de malheur, ce genre d'entreprise reste bien souvent confidentiel et Televise n'a évidemment pas obtenu le succès qu'il méritait. Mais c'est quand on se fait prendre en flag' qu'on fait parler de soi.

C'est d'ailleurs autour de ce point que les fans de la première heure auront tendance à axer le débat: Collisions est-il une reddition sous la torture (cf. le titre du disque), ou bien une trahison motivée par quelques liasses de billets verts ? On peut en effet parier que ce nouvel opus sera plus vendu que tous ses prédécesseurs réunis. Eloignons-nous toutefois de ce genre de considérations, et discutons plutôt la qualité intrinsèque de ces nouveaux morceaux. Ils sont tout simplement moins bons, et c'est là le drame. Si les quatre premiers titres sont des petites bombes de rock'n'roll, la suite est moins réjouissante. Certes, Aurelio Valle n'a toujours pas soigné sa laryngo-pharyngite ni épousseté la crasse de sa guitare, et c'est tant mieux, c'est le Calla que l'on connaît et que l'on souhaite voir inchangé. En revanche, Wayne B. Magruder s'est décidé à mener à vie dure à ses fûts; il développe sur Collisions un jeu très martial privilégiant la puissance à la finesse. Quant à la nouvelle recrue, le bassiste Jorge Gonzalez, eh bien on est en droit de se demander s'il est tout à fait blanc comme neige dans cette affaire...

Des albums comme Kid A de Radiohead ont ouvert de nouvelles voies, fait exploser les frontières d'un genre étriqué qui ressasse péniblement les mêmes gimmicks depuis cinquante ans. Collisions a quelque chose de régressif dans le sens où il rentre effroyablement dans le rang. De manière presque choquante, Calla a choisi de se confiner dans un espace d'une superficie minuscule mais médiatiquement plus exposé, au lieu de respirer l'air pur de la liberté artistique. Dans cette cour, des centaines de groupes d'ados interchangeables se battent déjà pour capter la moindre parcelle de reconnaissance. Soyons clairs, Collisions est un bon album de rock et reste un brin marginal. Bien que la musique de Calla ne soit pas encore complètement dénaturée aujourd'hui, on éprouve la très désagréable sensation que le groupe se dirige inéluctablement vers la stagnation artistique ou une mort plus radicale: le split.

note : 5.5

par yves, chronique publiée le 27-02-2006

A voir également :

www.callamusic.com

.:.L'avis des autres rédacteurs.:.

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