.:.Chronique.:.

Pochette

Animal Collective

Feels

[Fat Cat::2005]

|01 Did You See The Words|02 Grass|03 Flesh Canoe|04 The Purple Bottle|05 Bees|06 Banshee Beat|07 Daffy Duck|08 Loch Raven|09 Turn Into Something|

D'après les dires de deux amis proches revenus d'un long périple en Amérique du Sud, la transe chamanique est une expérience profondément subjective. Il semblerait cependant qu'elle recèle des caractéristiques et des effets relativement systématiques:

L'univers "live" et la musique d'Animal Collective semblent en concordance directe avec cette définition partielle. En compagnie de leurs amis Black Dice, Liars et Gang Gang Dance, les quatre New-Yorkais sont en train de créer sous nos yeux une scène de musique avant-gardiste passionnante, dont les thèmes principaux seraient probablement "mysticisme" ou "rites occultes". Remarquablement malins, ils sont capables d'intellectualiser leur propos (une réflexion pertinente sur l'impact de la musique sur les sens), mais aussi de placer le sensitif au coeur de leurs prestations scéniques. Grimés, masqués, ils revendiquent eux-mêmes leur quête mystique de sensations nouvelles, pour eux et pour leur public. "Sur scène, le maquillage nous aide à nous concentrer sur la musique exclusivement, à nous mettre "hors de nous": quand je joue de la batterie, si j'avais un "look" spécial sur scène, je crois que j'aurais trop conscience de moi-même, de mon apparence et du regard des gens sur moi", explique Panda Bear dans une interview avec nos confrères de Chronicart. "On essaie de connecter les gens entre eux et à quelque chose de plus grand qu'eux. On se déguise aussi pour ça, pour disparaître derrière ce quelque chose."

Aujourd'hui, Animal Collective n'aura jamais aussi bien porté son nom. Déja auteur de Sung Tongs, petit manuel réinventant l'usage de la guitare dans la folk-music, le groupe repousse encore les limites du concevable sur Feels, en s'attaquant cette fois-ci à une bestiole d'un autre genre: la pop. Là où des albums avancent à pas précautionneux pour installer une atmosphère puis culminer lors d'un relativement classique feu d'artifice final, Feels donne tout dès son formidable titre d'ouverture, "Did You See The Words". Ses coulées scintillantes de piano, sa batterie tribale, les chants extatiques de Panda Bear et d'Avey Tare (sic) rappellent le souffle et l'exaltation libératrice ressentis à la première écoute du "Neighborhoods #1 (tunnels)" d'Arcade Fire, la folie mystique en plus. Le voyage commence. Sur "Grass", single cacophonique, éclatent les exploits vocaux des deux chanteurs, d'une monstruosité presque enfantine; place aux crissements de guitares reverb sur "Flesh Canoe", sorte d'animal-chanson invertébré à la vision kaléidoscopique. Puis, à mi-parcours, les bruits s'estompent, la musique gagne la stratosphère et devient plus cotonneuse (déguster les poussées d'adénaline du faussement calme "Banshee Beat") avant de redescendre sur terre dans une conclusion trépidante ("Turn Into Something", ou l'art de muer de la country en mélopée noyée dans le delay).

Par sa richesse sonore - des milliers de sons, mélodies, fréquences! - et sa subtile structure en cloche inversée, Feels incarne le trip parfait, celui qui démultiplie les sens et ravit l'esprit. Grandeur et décadence au sein de l'underground new-yorkais.

note : 9

par yves, chronique publiée le 21-11-2005

A voir également :

http://fat-cat.co.uk/fatcat/artistInfo.php?id=53

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