.:.Chronique.:.

Pochette

Sigur Rós

Takk...

[Capitol/EMI::2005]

|01 Takk|02 Glósóli|03 Hoppípolla|04 Med Blódnasir|05 Sé Lest|06 Saglópur|07 Mílanó|08 Gong|09 Andvari|10 Svo Hljótt|11 Heysátan|

Les gosses, ça aime les sucreries. Ils sont prêts à en ingurgiter des quantités déraisonnables jusqu'à se rendre malades, surtout lorsqu'ils en ont été privés. Bonne nouvelle pour les fans de Sigur Rós, sevrés depuis plus d'un an: le groupe aux dents les plus cariées du monde effectue un retour en fanfare avec un quatrième album. Qui s'avère très éprouvant à aborder. Mais avant de casser... du sucre sur le dos de nos quatre Islandais, allons-y de notre petit couplet méprisant "c'était mieux avant", décidément trop usité ces temps-ci.

Hiver 2003. Sort dans les bacs ( ), pavé remarquablement construit sur l'autisme, rédigé par des individus sans doute suffisamment proches de leur sujet pour en parler avec pertinence. Afin d'éviter l'indigestion ressentie sur le trop long Ágætis Byrjun, les Islandais ont recours à une astuce: scinder le disque en deux parties indépendantes (une première douce-amère, et une deuxième d'une froideur abyssale). Belle pirouette qui permet aux musiciens de jouer sur les contrastes sans avoir l'air dispersé, et à l'auditeur de s'avaler un album de 74 minutes sans trop broncher. 2004, les Islandais enfoncent le clou avec l'EP Baka Tiki Dido, brouillon génial sur lequel ils exhibent leur maîtrise absolument confondante de la production : on peine d'ailleurs à croire que ce subtil enchevêtrement de textures glacées soit le fruit d'un art consommé de l'improvisation.

De prime abord, Takk... (mais quel titre stupide, vraiment!) semble n'être le devoir bourré d'effets de manches, béat et sans ossature de l'élève appliqué qui n'a rien à dire. Et qui, malgré cela, en tartine des pages et des pages. N'en doutons pas, le single "Glosoli" fera naître un sourire sur toutes les lèvres (a. légèrement entrouvertes, un peu de bave à leurs commissures relevées; b. tordues dans un rictus de dédain devant cette stupidité brandie en étendard et ce côté rêve-de-spot-publicitaire-pour-assurances). Etonnant de voir comme ce qui sera salué partout comme "un écrin de beauté apaisante" (je vois ça d'ici) me donne une irrésistible envie de distribuer des baffes. L'infect "Sé Lest" réussit à utiliser la quatuor à cordes Amina à contre-emploi. "Saglópur" fait office de délateur et pousse Jónsi Birgisson sur le banc des accusés : sa touche personnelle pousse en effet le vice à muer de jolies parties instrumentales en chansons absolument suffocantes. Tant et si bien qu'à mi-parcours, grande est la tentation d'abandonner la lutte et de balancer le cd par la fenêtre.

Puis la Beauté surgit d'un coup, sans que l'on sache l'expliquer ni la maîtriser, sur le phénoménal "Mílanó". Peut-être parce que l'on retrouve sur ce titre de 10 minutes la violence - terrible! - dont les Islandais se sont montrés capables sur les conclusions de ( ) et Baka Tiki Dido; peut-être aussi parce que la musique de Sigur Rós a besoin d'espace, qu'elle se savoure dans la dilution. Mais les très réussis "Gong" et "Heysátan", aux format plus ramassés, mettent à mal cette théorie.

Voilà toute la complexité de Takk... et l'origine de mon trouble : expliquer que l'on ressente le médiocre comme parfois le superbe sur des compositions pas si différentes que cela les unes des autres, car utilisant les mêmes ficelles, les mêmes ingrédients. Il transpire de cet album un trop plein d'émotion, difficilement supportable si un certain nombre de conditions initiales ne sont pas satisfaites : un état d'esprit réceptif, une sorte de sensibilité momentanée et les oreilles bien accrochées. Trop de cordes dégoulinantes, trop de chant suraigu à se boucher les synapses et les conduits auditifs plombent cet album bourré de choléstérol.

Plus que tout, la performance vocale de Jónsi Birgisson fera office d'arbitre; vibrante pour les uns, usante pour les autres, elle illustre le paradoxe de Sigur Rós, à savoir faire naître des sentiments tout à fait contradictoires selon les dispositions de l'auditeur. Et c'est lorsqu'elle se fait plus discrète que l'évidence, déjà esquissée sur Baka Tiki Dido, saute aux yeux: un nouvel album de Sigur Rós totalement instrumental serait un cadeau du Ciel.

note : 5

par yves, chronique publiée le 15-09-2005

A voir également :

http://sigur-ros.co.uk

http://www.aminamusik.com/

.:.Un autre regard.:.

C’est curieux comme ce groupe a toujours été catalogué ‘musique triste’ à faire pleurer du popeux de base au métaleux le soir dans son lit en passant par le post-rockeux séduit depuis que Godspeed ne fait plus rien (soit 5 ans environ) et en mal de montées épiques. Il colle à ces Islandais une image d’élitisme qui leur a attiré ce public de pleurnicheurs ‘‘au bon goût certifié’’ (c’est eux qui le disent). Ils pleurent tout tristes et emo qu'ils sont, comme des fans de Coldplay, alors forcément c’est qu’ils comprennent ces gens venus du froid ! Oui mais voilà, souci, le groupe est heureux et leur musique reflète ce bonheur, ou du moins elle essaye… Et depuis le temps qu’ils essayent de le faire comprendre, ils commencent enfin à y arriver. von, trop expérimental laissait pas mal de monde sur le carreau. ágætis byrjun, plus pop et chanté en islandais parlait de sujets graves avec joie et espoir. Mais malgré tout, comme peu de monde ne s’est intéressé au message du groupe, le disque parut sombre et ravit tout ce public pour qui torture rime avec obscurité (vous pouvez déprimer tranquillement, on ne vous voit plus !). Le groupe a alors une première fois essayé d’inverser la tendance en faisant un disque simple destiné aux performances live : ( ) – svigaplatan. Un disque lumineux chanté en hopelandais qui aurait dû mettre un large sourire à tout le monde. Malheureusement petite erreur du groupe, ils ont fait quelque chose de froid, glacial même. Alors rebelote, prétexte tout trouvé aux larmes : c’est froid donc c’est triste. Pas facile donc pour le groupe de se faire entendre correctement et de réussir à faire pleurer les gens, mais de bonheur cette fois ! Arrive le 4ème album, takk… comme pour dire ‘‘merci mais … non vous n’y êtes pas’’. Ils ont longtemps hésité entre chanter en anglais (avec accent !), en islandais ou alors en hopelandais et finalement, ce sont les deux derniers qui ont été choisis. Difficile passage pour le groupe qui fut critiqué pour avoir signé chez EMI l’année passée. Oui mais le groupe ne vit pas à Londres en pleine cohue médiatique. Ils font leur musique tranquille dans un coin sans avoir à ne rendre de compte à personne. sigur rós n’ont pas changé, juste évolué dans le bon sens et ils le prouvent.

takk… est un disque direct et simple qui va droit au but et dont tous les titres ont été pensés pendant la précédente tournée (Mílanó et Gong étaient d’ailleurs joués sur scène). L’album commence par Takk… très éthérée qui marque le changement entre la froideur du passé et le présent plus riche et réchauffé. Glósóli ensuite, premier single décidé dont la vidéo montre une tranche de vie d’un jeune garçon nommé Glósóli qui entraîne différents enfants derrière lui vers une fin épique et lumineuse en apesanteur. La vie de ce garçon sera même le squelette de tout l’album. Hoppípolla et Með Blóðnasir, simples et droites à la mélodie envoûtante, sans doute la plus belle du groupe jusque là. Sé Lest évoque la fête avec mêmes des arrangements de cuivres (en plus des cordes d’Amína présentes tout au long du disque et souvent soutenues par tout un orchestre) sur une trame à base de bricolages sonores calquée sur leur EP Ba ba / Ti ki / Di do. Tout comme Sæglópur d’ailleurs, qui intègre plus de piano, la célèbre guitare frottée de jón þór birgisson et la force rythmique d’orri páll dýrason à la batterie. Suivent Mílanó et Gong dans la même lignée où les pattes féminines des quatre Amina se font remarquer avec beauté. Andvari marque une pause de douceur après les explosions de joie précédentes, où une fois encore les cordes sont omniprésentes. Puis Svo Hljótt, très haute tout le long, claire, simple et néanmoins magistrale avant de terminer par Heysátan, filmique qui fait monter un peu les larmes … de bonheur !

note : 9

par jean marc, chronique publiée le 15-09-2005

.:.L'avis des autres rédacteurs.:.

Jeff : avis du rédacteur
Vivien : avis du rédacteur
dorian : avis du rédacteur
coralie : avis du rédacteur
Splinter : avis du rédacteur

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