.:.Chronique.:.

Pochette

Gouzy/Bléfari/Beridze/Pratter

4 Women No Cry Vol.1

[Monika Entreprise/La Baleine::2005]

Décidément Gudrun Gut est pétrie de bonnes idées. Cette compilation qui est censée débuter une série a aussi pour but d’introduire le travail de quatre jeunes femmes qui se distinguent par leur qualité de compositrices et par leur maîtrise de l’outil électronique. L’idée de ce disque serait venue à Gudrun Gut lorsque celle-ci ré-écoutait la légendaire compilation No New York qui avait pour principe de présenter un nombre limité de groupes qui proposaient plusieurs morceaux chacun. Ici, le principe est donc le même. On connaît la propension du label à nous faire découvrir des artistes un peu sortis de nul part. Tour d’horizon.

C’est Rosario Bléfari qui ouvre le bal. Cette chanteuse de Buenos Aires s’était déjà distinguée au sein du groupe Suarez entre 1989 et 2001. Poète à ses heures perdues on l’a aussi remarqué dans Silvia Prieto, film de Martin Rejtman sorti en 1998. Depuis elle a produit un album, Estaciones, en 2004 et dirige un label (Fan Discos). Son electro-pop, pour ce disque, est évidemment teinté d’ambiances sud-américaines. Le genre de musique qu’on écoute avec plaisir sous un soleil de plomb. Parfois on croirait presque entendre certaines productions du label espagnol Acuarela. Une nonchalance tout à fait ibérique qui se prête tout à fait à la saison pesante qui est celle que nous vivons actuellement. Entre légèreté et véritable expérimentation (Vidriera Chilena) R.Bléfari donne tout de suite la tonalité de ce disque.

L’enchaînement pris par Tusia Beridze confirme bien la première impression. C’est sur le ton du détachement que s’oriente cette compilation. Connue aussi sous le pseudo de TBA cette Géorgienne a notamment collaboré avec Goslab, association artistique, dans laquelle son travail vidéo a fait date. Ayant également sorti trois albums (TBA, Annulé, Georgia Is Like Spiritual Tokyo), tous sortis sur Maxernst, T.Beridze distille ses petites chansons électroniques sans nous donner l’impression de se fatiguer outre mesure. Cela coule de source comme un petit clapotis qui ne ferait de mal à personne. On se laisse porter sans trop faire d’effort et on se surprend à y prendre goût.

Si on reste dans l’électronique avec Eglantine Gouzy, on dépasse cependant un autre stade qui est autrement plus cérébral et en même temps qui est basé sur une bonne dose d’humour. Cette Française qui est quasiment ignorée dans son propre pays a déjà été repérée par Fat Cat. On ose penser que sa collaboration avec Bjorn Copeland de Black Dice y est un peu pour quelque chose. Et pourtant la Parisienne aurait bien aimé faire des choses en France mais, comme souvent, les gens qui prennent des risques ne sont pas pris au sérieux. Quoiqu’il en soit, les quelques morceaux qui nous sont présentés ici font montre d’un esprit éclairé et d’une capacité d’écriture de tout premier plan. Eglantine n’a pas les pieds sur terre, assurément. Son tempérament rêveur laisse libre cours à toutes les fantaisies. Chaque morceau est comme une pérégrination merveilleuse et presque absurde qui font un bien fou.

Enfin il est temps de finir avec la rigueur autrichienne et avec ce qui est sans doute le meilleur morceau de ce disque : Dreamin Of Love. Ce dernier est l’œuvre de Catarina Pratter, Viennoise de son état et membre de 550 Rondy. La musique de Pratter est certainement plus froide mais elle garde un côté groovy que la voix neutre de la demoiselle sait parfaitement mettre en valeur. C’est chaleureux tout en étant distant. On pense tout de suite au disque de Michaela Melian, Baden Baden, qui est dans la même veine.

Vous l’aurez compris, le label Monika Entreprise frappe fort, encore une fois. A vrai dire il apparaît difficile de s’en rassasier tant ce disque se veut aussi familier. On n’a pas envie de le quitter et on se dit qu’appuyer à nouveau sur play ce n’est vraiment pas abuser.

note : 9

par Fabien, chronique publiée le 07-07-2005

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