.:.Chronique.:.

Pochette

Stevens, Sufjan

Come on feel the Illinoise

[Asthmatic Kitty::2005]

Comme la famille Joad de Steinbeck aimait sa terre d'Oklahoma, Sufjan Stevens affiche son attachement à son pays de la manière la plus simple: en travaillant sa terre. Il fait partie de ces artistes qui prêchent l'héroïsme au quotidien, le sublime dans le vécu, avant de se fossiliser eux-mêmes dans le folklore américain. Ces stakhanovistes n'économisent pas leurs productions, si bien qu'au bout de quelques décennies, leurs discographies sont tellement touffues qu'elles en deviennent inabordables. La seule solution pour ne pas être largué, c'est de de plier à leur rythme. En ce qui concerne le cas Sufjan Stevens, il n'est pas encore trop difficile d'être dans le coup: le compteur de l'américain affiche seulement 5 albums sortis... en 5 ans.

D'un coté, il y a Elliott Smith, ange-troubadour tant de corps que de voix. De l'autre, il y a Brian Wilson et son incroyable Sourire. Sous le regard de ces deux parrains passés dans la légende (j'aurais pu trouver pire comme références), le jeune Sufjan Stevens prend tranquillement ses marques, album après album. Avec "Illinois" il pourrait se permettre de tutoyer ses aînés.

Depuis sa disparition, Elliott Smith est passé du statut d'artiste remarquable à celui d'objet de culte. Discographie impressionnante de qualité, songwriting racé, chant d'une pureté sans égale; et ils étaient nombreux à se bousculer au portillon de sa succession, la guitare sous le bras et les cheveux sur la figure. Sufjan n'a rien cherché du tout; son domaine, c'est la musique folk, pas la pop pour pleurnichards. Ses textes n'ont pas l'amertume de ceux d'Elliott, mais sa personnalité lumineuse, son charisme sont d'une commune envergure. Et puis, comment ne pas établir de comparaison évidente entre leurs voix?

Brian Wilson, lui, est encore de ce monde, mais c'est un peu comme s'il était déjà mort, SMiLE étant presque un album posthume. En 45 minutes, il nous avait offert une peinture musicale des Etats-Unis dézinguée, poétique et d'une très grande ambition. Sufjan Stevens "se contente" d'un Etat par album, l'Illinois étant le deuxième sur - a priori - cinquante. Ce qui permet de creuser son sujet à loisir sans verser dans l'abstraction de Van Dyke Parks. Sur l'Illinois, donc, planent une euphorie enfantine, une folie dans les arrangements (mille fois plus élaborés que sur "Sevens Swans" et "Michigan", malgré quelques redites), qui ne sont pas sans rappeler ce génial SMiLE. Même parcimonie dans l'utilisation des cuivres, des violons, du piano, du banjo et de la guitare, tour à tour présents, jamais envahissants. Et l'ambition est là, il suffit de lire la tracklist, un roman à elle seule. 22 Morceaux, 74 minutes, seulement un an après la sortie de "Seven Swans". Mais comment fait-il?

J'espère que Brian (dans sa villa) et Elliott (là-haut) écoutent Sufjan Stevens, et qu'ils se remémorent leur âge d'Or. Pour l'heure, "Illinois" est l'occasion rêvée de se plonger au coeur de la plus belle Amérique décrite depuis bien longtemps.

note : 9

par yves, chronique publiée le 21-06-2005

A voir également :

http://www.sufjan.com/

.:.Un autre regard.:.

Définitivement, Sufjan Stevens est en route pour nous sortir un album dédié à chaque Etat américain, ce qui signifie qu’on risque de l’entendre longtemps. Après s’être attelé au Michigan, il nous fait l’honneur de nous présenter l’Illinois avec un admirable album Come On Feel The Illinoise. Ici, c’est plus de l’esprit que de l’endroit que cet artiste nous parle. Cela donne encore plus de force à ces mots toujours bien trouvés, à ces textes toujours émouvants, touchants, merveilleusement bien écrits, à cette voix douce et angélique. Sufjan Stevens est un incroyable songwriter, un de ceux qui font se sublimer les morceaux. Autant certains pourraient se contenter de bien écrire et de s’en satisfaire, autant d’autres, comme c’est le cas ici, sont outrageusement capables d’offrir une musique à la hauteur du verbe. Cette musique, à tendance folk, riche en instruments (banjos, violons, pianos, accordéon, trompettes…), aux arrangements soyeux et prodigieux donne l’impression d’un orchestre venu porter un chanteur, venu lui apporter le support nécessaire à ses mots. Encore plus impressionnant que Greetings From Michigan, ce nouvel album joue sur différentes cordes, maniant admirablement la joie comme la sensibilité, la chaleur comme la tristesse. Mais surtout, il nous parle de choses simples, de choses réelles.

Ne croyez pas que ces morceaux ne parlent qu’aux Chicagoains, dites-vous que cet album est un voyage initiatique au cœur même de l’Illinois, que cet album vous amène dans un Etat qui parait loin de nous, mais que Sufjan Stevens parvient à humaniser, à rendre vrai, à rendre proche. Il nous donne envie de connaître ces petites choses, cette histoire, ces gens, dont il nous parle. Parce que c’est avec puissance, mais humanité, qu’il nous raconte ses histoires. Diable, que cet Etat semble extraordinaire. Je, tu, il, nous, vous, ils ; nous tous ne pouvons que l’admettre après avoir écouté Come On Feel The Illinoise. Doucement, mais somptueusement, Sufjan Stevens s’affirme comme un des grands songwriters du XXIe siècle.

"Casimir Pulasky Day" télécharger
"The Man On The Metropolis Stole Our Hearts" télécharger

note : 9

par Vivien, chronique publiée le 21-06-2005

.:.L'avis des autres rédacteurs.:.

popop : avis du rédacteur
jean marc : avis du rédacteur
Splinter : avis du rédacteur
Fabien : avis du rédacteur

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