.:.Chronique.:.

Pochette

Tiersen, Yann

Les Retrouvailles

[Labels/Virgin::2005]

|01 Western|02 Kala|03 Loin Des Villes|04 La Veillée|05 Plus d'Hiver|06 A Ceux Qui Sont Malades Par Mer Calme|07 A Secret Place|08 Le Matin|09 Les Enfants|10 Le Jour De l'Ouverture|11 La Boulange|12 La Plage|13 Mary|14 7:PM|15 Les Retrouvailles|16 La Jetée|

Toujours l'éternelle question: doit-on chroniquer un disque en tant qu'objet isolé, ou bien faut-il le placer dans un référentiel donné (discographie de l'artiste, courants musicaux adjacents, contexte historique) ? Un dilemme fort à propos lors de la sortie de ce nouvel album de Yann Tiersen.

Aujourd'hui, le Breton jouit d'une renommée enviable et occupe une place idéale dans le paysage musical français: cet équilibre savoureux entre guinguette populaire et rêves symphoniques est un territoire que lui seul a défriché, et où il y a peu d'espace pour les copieurs. Certes, il y aura toujours des détracteurs qui mépriseront ce côté musique classique "du pauvre" aux structures simplistes, destinées à satisfaire un public en mal de musique à la fois richement orchestrée et accessible. Mais les valses de Tiersen aux accords mineurs nous ont fait du bien. Il y avait de la fougue, de la jeunesse, des instruments peu communs, c'était poussiéreux mais pas désuet.

S'il fallait juger Les "Retrouvailles" sur l'innovation apportée à l'oeuvre générale de son auteur, la sanction serait relativement sévère. Pourquoi écouter des titres tel "Loin Des Villes" ou "La veillée", alors que ce sont des copies conformes de morceaux abondant sur "Le Phare" ou "Rue des Cascades", à quelques accords près ? Tiersen a fait le tour de la question, et pas qu'une seule fois. L'espace de recherche s'est réduit, il n'y a plus grand-chose à défricher. De temps en temps, Tiersen trouve - non sans efforts - une note, une sonorité, qui fait la différence ("la Boulange"), mais son travail se borne à changer des rouages à une échelle minuscule, comme s'il craignait de détraquer une horlogerie qu'il lui aurait fallu des années à monter.

Mais il y a une issue à ce guêpier. Les embardées passionnantes en compagnie de Lisa Germano et Dominique A sur "l'Absente", des Married Monk (backing band sur le mini-album "Tout Est Calme") et de Shannon Wright, montrent avec éloquence que la musique de Tiersen n'est jamais aussi belle que lorsqu'elle est le fruit d'une collaboration. Là est l'échappatoire, l'issue de secours vers une reconversion pleine de panache. Car c'est lorsque Miossec, Dominique A, Jane Birkin, Stuart Staples (Tindersticks) et Liz Fraser (Cocteau Twins) le portent que Tiersen se voit hissé vers des hauteurs qu'il n'atteint plus seul.

"Les Retrouvailles", album joli mais dispensable, est un rendez-vous manqué, celui qui aurait dû être un tournant dans le prolongement des explorations pop de "l'Absente", mais qui fait du surplace. Il y un moment où il faudrait se résigner et renoncer à ses prétentions de chef d'orchestre (n'est pas Max Richter qui veut). Yann Tiersen nous a montré qu'il pouvait être brillant lorsqu'il prend le micro, ou qu'il le laisse à des égéries triées sur le volet. Mais il hésite encore. Tiersen doit absolument être fier de ses chansons, et embrasser avec fougue la musique pop. C'est exclusivement avec cet art soi-disant mineur qu'il pourra tenir la distance.

note : 5

par yves, chronique publiée le 07-06-2005

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