.:.Chronique.:.

Pochette

Micah P. Hinson and the Gospel of Progress

s/t

[sketchbook::2004]

Par où commencer si ce n’est qu’il s’agit là du plus beau, et aussi du plus triste disque sorti ces derniers mois. Mais étrangement passé un peu inaperçu en France et comble, aux Etats-Unis. Il faut dire que ce petit gars originaire du Tennessee mais qui finit son adolescence au Texas a sorti son disque sur un label anglais et n'est qu'en import chez lui. Micah Paul Hinson joue d’à peu près tout (guitare, piano, batterie etc.) et ici se trouve accompagné des membres de The gospel of progress ; pas moins de dix personnes qui assurent claviers, voix, cordes, cuivres … A voir cet Américain aux allures de skater on est loin de s’imaginer un tel musicien et surtout un tel poète écorché. Il parait que seules les personnes ayant vécu des histoires difficiles peuvent écrire correctement. Ceci explique peut-être cela, Micah P. Hinson est jeune (environ 23 ans) mais a déjà vécu des choses intenses comme peu d’entre nous n'en vivront jamais. Fasciné par une femme, elle causa sa perte, son incarcération et sa chute (profonde) au sein de la société. Mais loin de se lamenter, il reste lucide et arrive à prendre du recul sur sa vie pour en faire un constat plus touchant que jamais. Ses textes et sa voix sont à l’exacte opposé de Maximilian Hecker, i.e. une voix grave sans gémissement ni apitoiements. Sa devise développée sur la merveilleuse I still remember en duo avec Sarah Lowes est plutôt ‘‘What doesn’t kill you can make you stronger’’ (ce qui ne te tue pas te rend plus fort).

Alors de quoi est composé ce disque ? Eh bien de country folk pleine d’arrangements de cordes, flûte, cuivres… Parfois au piano, parfois à la guitare. Son seul défaut peut-être sur le (très) long terme sera une production un peu trop propre. Mais par ‘très long terme’ c’est sans doute en années que ça se compte. Pour les non anglophiles les paroles ne sont pas incluses avec le disque mais apparaîtront bien un jour sur le web. Et là tout le monde pourra comprendre les déchirures de cet homme à vous faire pleurer et vous rappeler toutes les pires ruptures que nous avons un jour vécues. La chanson d’introduction Close your eyes est un bijou, il n’y a pas d’autres mots, et a le bon goût de se terminer tôt sans tomber dans un écueil pseudo post rock à tirer sur les cordes sensibles pendant dix minutes. Puis ça se calme un peu en tempo mais pas en intensité jusqu’à la seconde partie de Don’t you où ça break et les guitares crachent façon shoegaze… Elles rugissent aussi parfois comme sur Patience où sa voix se fait proche d’un Bruce Springsteen, rauque et énervée pour expliquer qu’il perd patience et va finir par s’en aller lui, si elle n’a plus rien à lui dire, si elle ne peut pas lui expliquer pourquoi tout est fini. Tout est toujours sur un fil prêt à tomber au fond d’un abîme mais au final c'est équilibré par le contraste entre des textes infiniment tristes et une musique de toute beauté. A noter aussi que toutes les photos du digipack sont également de lui. L’expression de la douleur et de la tristesse liées à l’Amour a rarement été aussi passionnée en musique.

note : 10

par jean marc, chronique publiée le 04-04-2005

A voir également :

http://www.micahphinson.com/

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