.:.Chronique.:.

Pochette

Boris

Dronevil

[Misanthropic Agenda::2005]

|01 Drone|02 Evil|

Nouvel album pour les trois Japonais de Boris, ou plutôt nouveau concept : deux disques à écouter simultanément. Ça promet, surtout qu’en l’occurrence il s’agit de disques vinyles et à moins d’être électricien, je défis quiconque de relier deux platines à un même ampli sans se gourrer au moins trois fois dans les branchements. De plus lancer deux disques en même temps, à la seconde près, n’est pas la chose la plus facile à réaliser quand on est autant électricien qu’ambidextre. Heureusement qu’une version double CD est prévue pour la fin de l’année, et qu’en réalité l’histoire des deux disques à écouter simultanément se révèle être purement anécdotique.

Ce Dronevil est donc composé de deux disques : Drone et Evil, Dronevil quoi ! Ça sera pas le jeu de mots de l’année mais ça fait classe, enfin pas tant que ça car Evil porte assez mal son nom tout compte fait. On commence donc avec Drone qui n’est rien d’autre qu’un disque de… drones. Autrement dit une guitare armée de cinquante effets différents qui joue un larsen hypnotisant pendant quarante minutes. C’est froid, minimaliste, pas musical pour un sous et conçu essentiellement pour accompagner l’autre disque, une sorte de petit plus qui n’a pas grand intérêt pris à part et qui augmente le prix du disque de quelques Euros.

Je passe donc à Evil, le cœur de l’album, et non la moitié comme j’ai fait l’erreur de le croire avant d’écouter le tout. Bon en réalité, je le disais, ce disque, ou plutôt cet unique long titre, n’a rien de particulièrement « evil », il est cent pour cent instrumental et continue dans la droite lignée des excellentissimes Flood et Feedbacker avec encore plus de whisky ingurgité pendant l’enregistrement. L’impression d’improvisation harmonieuse est bien là, mais l’ambiance est nettement plus sombre, torturée et tendue, un peu à la manière du dernier Godspeed You ! Black Emperor mais avec cette touche psychédelique qui définit à elle seule le ‘son Boris’. Tradition oblige, la production est plus que jamais rauque et grasse, avec cette basse en arrière-fond aux cordes tellement peu tendues qu’elles doivent chatouiller les orteils de celui qui la tient. En revanche le jeu de Wata, la guitariste, est moins impressionnant, moins ‘rock à papa’ que par le passé, mais la construction alambiquée du disque lui permet de varier les plaisirs et au final de parfaitement tenir en haleine l’auditeur jusqu’à une conclusion malheureusement un peu trop molle à mon goût, mais tout de même, quelle classe cette fille ! Enfin, pour avoir eu la chance d’écouter Drone et Evil simultanément, je dois avouer que cette idée se révèle assez sympa et apporte effectivement un petit côté noise, voir malsain, qui sans améliorer Evil réussit à le transformer de façon intéressante. A tester au moins une fois, ou alors patientez quelques mois et chopez la version double CD qui vous facilitera considérablement la tâche (putain de branchements).

Au final Dronevil est un album d’une classe pas croyable qui repousse encore les limites de ce que Boris est capable de faire avec une guitare, une basse, une batterie, et surtout une tonne d’effets en tout genres (ainsi que quelques bouteilles probablement). L’influence seventies/psyché est plus que jamais gravée au marteau piqueur dans leur musique mais cet aspect post-rock improvisé genre « on a enregistré ça à trois heures du mat’ après avoir matté un film de Lynch » risque bien d’attirer un autre public que des barbus avec des vestes en cuir à leurs concerts.

note : 8.5

par johan, chronique publiée le 19-03-2005

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http://www.inoxia-rec.com/boris/

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