.:.Chronique.:.

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Rien

Requiem Pour Des Baroqueux

[Un Dimanche::2003]

|01 Requiem Pour Des Baroqueux (Part. 1)|02 Dallas Session|03 Mesto Piano|04 Fantasia Chez Les Ploucs|05 Stare Mesto|06 Décalage Contrôlé|07 Requiem Pour Des Baroqueux (Part. 2)|

Les journalistes de la presse musicale doivent jubiler en voyant un nom de groupe pareil, propice aux jeux de mots les plus saugrenus. Rien est un collectif grenoblois aux contours flous et à l’humour mordant, dont les membres ont des activités diversifiées : théâtre, réalisation de courts-métrages et musique, versant tous dans la poésie absurde.

« Requiem Pour Des Baroqueux » est un disque qui unit remarquablement ces différents modes d’expression : extraits d’émissions radio, de séries télé, déclamation de textes littéraires, cris désarticulés et incompréhensibles parsèment cet ovni inclassable d’une force de suggestion et d’une originalité qui inspirent le respect. Plusieurs niveaux de lecture, qui peuvent présenter successivement ce premier album de Rien comme un théâtre d’émotions exagérées, de visages distordus qui surjouent des pièces absurdes ; un fourre-tout musical dans lequel se mélangent post-rock, rock, psychédélisme, musique de films, free-jazz et pleins de sons bizarres ; un documentaire qui oscille de façon assez déstabilisante entre le plus grand sérieux et une connerie railleuse. Difficile de décrire une œuvre qui comprend autant d’influences diverses. Rien surprend constamment, change de style toutes les 3 minutes. Tentons une description pas-à-pas afin de donner un aperçu représentatif de cet objet bizarroïde, voire unique :

- Le titre éponyme, suite en deux parties de 22 et 12 minutes dans l’esprit de Godspeed, ouvre et clôt l’album : c’est un collage abstrait de courts-métrages sonores qui n’est pas sans rappeler le formidable « Levez Vos Skinny Fists… ». Le son très propre, très maîtrisé des grenoblois contraste toutefois avec la folie bruitiste de nos chers canadiens. A noter, une lecture des dernières volontés du général de Gaulle quant à l’organisation de ses propres obsèques sur fond de guitare acoustique.

- « Dallas session », ou un best of des meilleures répliques (VF) de la cultissime série télé. Les sketches des Inconnus ne sont pas loin.

- « Mesto Piano » : 45 secondes, de xylophone angoissant et minimaliste.

- « Fantasia Chez Les Ploucs » : « Nom de Dieu, mais qu’est c’qui peut puer comme ça ? Beuh, p’t’être que c’est crevé ? Mais rien peut être mort à c’point là ! ». Ca commence bien… et le spectacle n’est pas fini mesdames-et-messieurs ! On continue avec : du jazz, du générique télé seventies à la « Mission Impossible », des flûtes rappelant King Crimson à ses débuts, des chœurs floydiens, du post-rock sautillant, des trémolos siciliens…

- « Stare Mesto » : un texte parlé d’une voix neutre (dont Diabologum aurait pu être l’auteur), moment poignant qui montre que les fous peuvent eux aussi avoir leurs moments de gravité. Un poème urbain et dadaïste.

- « Décalage Contrôlé » : document édifiant qu’on jurerait sorti tout droit du Secret de Rackham le Rouge. Un professeur à l’accent slave caricatutal, qu’on imagine avec une barbiche pointue et un imper vert, explique le fonctionnement de son bathyscaphe à un journaliste hypocrite.

Avec ce premier album brillant, Rien invente un mode d’expression qui inclut la musique strico sensu dans un ensemble plus large, donc plus riche : les messages fusent dans tous les sens, qu’ils soient sérieux, iconoclastes, ou parfois touchants. Précipitez-vous sur ce disque qui ne ressemble à… rien.

Merde, j'ai craqué.

note : 8.5

par yves, chronique publiée le 30-01-2005

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