.:.Chronique.:.

Pochette

Bright Eyes

Fevers and Mirrors

[Saddle Creek Records::2000]

|01 A Spindle, A Darkness, A Fever And A Necklace|02 A Scale, A Mirror And Those Indifferent Clocks|03 The Calendar Hung Itself|04 Something Vague|05 The Movement Of A Hand|06 Arienette|07 When The Curious Girl Realizes She Is Under Glass|08 Haligh, Haligh, A Lie, Haligh|09 The Center Of The World|10 Sunrise, Sunset|11 An Attempt To Tip The Scales|12 A Song To Pass The Time|

Il n'est certes pas aisé de s'atteler à la chronique d'une oeuvre dont on s'est tellement impregnée qu'on a parfois l'impression qu'elle fait partie de soi. Ou comment l'envie incessante de mieux la cerner, de mieux la connaître laisse finalement place à un cruel manque de recul par rapport à celle-ci.

J'assume toutefois totalement ces piètres justifications, comme si j'estimais que ce disque nécessitait un prélude, une de ces mises en condition, comme si la pochette façonnée tapisserie/papier peint et la classification "bedroom pop" ne suffisaient pas à nous prévenir que c'est l'intimité d'un jeune homme ayant tout juste 20 ans à laquelle nous sommes ici exposés, et que ce sont les murs de la prison qu'il s'est construite qui vont se refermer sur nous.

C'est cette sensation d'avoir entre les mains un objet interdit, d'écouter quelque chose qui n'aurait pas dû parvenir jusqu'à nos oreilles qui est prépondérante, un retour à l'enfance, dans laquelle nous replonge d'ailleurs le premier titre, "A Spindle, A Darkness, A Fever And A Necklace", une voix fébrile de chérubin déchiffrant non sans peine un texte évoquant déjà une des nombreuses ruptures auxquelles il aura l'occasion d'être confronté dans sa douloureuse vie.

Cette introduction prophétique montre à quel point le non-professionalisme, incarné sur scène par Conor Oberst lui-même, ne s'oppose aucunement à une lucidité sans pareille lorsqu'il s'agit de raconter une histoire, lorsqu'il devient nécessaire d'agencer ses peurs. Car on comprend, dès lors que l'enfance si souvent associée à l'innocence est seulement évoquée pour la perte de ses illusions, que ce qui suivra ne laissera que très peu d'espoir.

Le deuxième titre, "A Scale, A Mirror And Those Indifferent Clocks", achève de mettre en place les éléments et thèmes récurrents à l'objet: "fever", "mirror", "scale", clocks", dont les significations seront exposées par un Conor quelque peu irrité lors d'une interview clôturant "An Attempt To Tip The Scales". Avant cela, la très fragile "Arienette" ou la joyeuse trahison d' "Haligh, Haligh, A Lie, Haligh" donnent la raison même pour laquelle l'écoute de la voix anxieuse de Conor en des moments qualifiés de difficiles peut être paradoxalement libératrice: ces contractions de l'estomac et ce masochisme d'une douceur amère sont sublimés dans ses textes: "...the pleasure that my sadness brings..."

Mais si l'on peut se retrouver dans ces chansons, il n'en reste pas moins un sentiment d'impuissance peu supportable face à quelqu'un qui s'offre véritablement à nous: "I start wishing there was something i could offer them". Rarement musique aura été si personelle, car Bright Eyes n'est réellement que Conor Oberst et n'importe qui se trouvant par chance dans la même pièce que lui, accompagnant ainsi cet exutoire. Ces derniers peuvent être nombreux, si l'on en croit la richesse et la diversité de l'instrumentation: du dépouillement le plus total sur "When The Curious Girl Realizes She Is Under Glass": un piano, une voix; jusqu'aux structures classiques guitare-basse-batterie, toutefois toujours agrémentées d'instruments peu habituels: une mandoline sur "The Center Of The World", un mellotron sur "The Movement Of A Hand"...

Ce journal intime réconforte et émerveille, par cette faculté d'un des tout meilleurs paroliers de notre époque à extérioriser ses sentiments, véhiculer des émotions, engendrant ainsi une apathie jouissive qui ne laisse jamais place à la lassitude

note : 10

par Amaury, chronique publiée le 19-12-2004

A voir également :

http://www.saddlecreekrecords.com/

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