.:.Chronique.:.

Pochette

Smith, Elliott

From a Basement on the Hill

[Anti-records::2004]

|01 coast to coast|02 let's get lost|03 pretty (ugly before)|04 don't go down|05 strung out again|06 fond farewell|07 king's crossing|08 ostriches & chirping|09 twilight|10 a passing feeling|11 last hour|12 shooting star|13 memory lane|14 little one|15 a distorted reality is now a necessity to be free|

Le notaire et exécuteur testamentaire invita les héritiers et s'asseoir autour de la table du bureau habituellement réservé aux réunions entre associés du cabinet. Le nombre des légataires étant trop important pour l'exigu bureau habituel, il fallut se rabattre dans un endroit certes plus chiche, mais également plus approprié à une lecture testamentaire devant un parterre d'hommes et femmes de tous âges, mortifiés et soudés comme rarement. En commençant sa lecture, le notaire ne put se retenir, une fois n'est pas coutume, de se sentir concerné, peut-être ému, par la concentration et l'émoi de l'assistance. Enfin, il sortit un document broché de son enveloppe de carton et entama le discours habituel.

Elliott était passé maître dans le lancer de poignard. Jamais il ne manquait sa cible, et le public venait nombreux pour admirer l'artiste à l'œuvre. Les yeux ouverts ou fermés, il maîtrisait l'art délicat de jouer avec les émotions des spectateurs, et les stylets effilés qu'il projetait à chaque représentation n'évitaient soigneusement sa partenaire, adossée à une planche en bois peinte d'une silhouette et piquée de nombreux enfoncement de pointes tout autour de celle-ci. A sa partenaire, Joanna, il légua sa collection complète de poignards, son matériel de scène, son plus précieux héritage. Joanna partageait sa vie, il était normal qu'elle reçoive le digne témoignage de sa confiance. Elle reçut notamment la toute dernière ménagère piquante de couteaux, certains finement ciselés, d'autres moins affutés mais suffisemment bien équilibrés pour qui saurait les manier. L'un d'eux présentait une pointe carmin, curieux présage ou dernière pointe d'ironie...

Elliott était parti prématurément, mais sa prévoyance naturelle aidant et sentant sa fin proche, il s'assura de laisser une trace de son passage à tous ses proches. Au directeur du cirque qui l'avait congédié, après avoir décliné son dernier numéro, trop risqué, il ne laissa rien, juste quelques affiches et d'anciens contrats, que les voyages et les manipulations finiront par jaunir. A Rob, son fidèle assistant, il laissa ses instructions et quelques indications, quelques conseils induits des moyens permis de perpétuer sa mémoire. Rob ne trahira pas la confiance de son ami, et s'évertua à recomposer les derniers pans de sa vie et de les honorer. Avec Joanna, ils allaient mettre un point final à la carrière d'Elliott, certes sans le panache des grandes représentations et sous la chappe noire de l'absence, mais avec l'efficience dictée par le respect et le talent résiduel de feu M. Smith.

Aux autres héritiers, il laissa à chacun un souvenir personnel, péché dans sa malle aux trésors où il conservait les bons comme les mauvais moments. Chacun devait se rappeler une première fois, un accident, une averse, un baiser ou un repas à la réception de son legs. Et trouver de la grâce à la dernière représentation, Joanna et Rob ayant fait de leur mieux, refoulant leurs dernières négations et regrets pour mieux apprécier ce qui restera définitivement comme le dernier au revoir d'un homme qui aura vécu et sera mort pour son art.

Elliott Smith avait l'habitude de lancer des poignards. Sa dernière cible…

note : 8.5

par drezco, chronique publiée le 19-10-2004

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