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Neurosis

The Eye Of Every Storm

[Neurot/Relapse::2004]

|01 Burn|02 No river to take me home|03 The eye of every storm|04 Left to wander|05 Shelter|06 A season in the sky|07 Bridges|08 I can see you|

Neurosis. Un nouvel album, une nouvelle page écrite dans l’histoire des musiques torturées. On dit ça à chaque nouvelle production des Californiens depuis quinze ans, voir même plus pour les plus vieux fans (le groupe existe depuis 1985), mais qu’on aime ou pas, on ne peut que s’incliner devant le génie de cette formation inqualifiable et inclassable. Après une expérience surprenante en 2003 avec l’artiste chanteuse Jarboe qui avait balayé pas mal d’a priori sur le groupe et sa démarche musicale, Neurosis revient en 2004 avec un très attendu Eye Of Every Storm et une fois de plus les surprises sont au rendez-vous.

A vrai dire que Neurosis innove ou non importe peu, puisqu’on est à chaque fois garanti de faire un voyage somptueux au pays du mal être. Les Californiens dessinent un paysage de chaos depuis presque vingt ans et réussissent encore à nous faire explorer des terres inconnues, maîtrisant mieux que quiconque l’art de mettre l’auditeur dans un état de fragilité, captant l’attention de n’importe quel fou s’aventurant sur les terres neurosiennes. Et cette fois ci, le voyage sera plus que jamais intense, on en a la certitude dès le premier titre, dès les premiers rythmes tribals qui s’effacent assez rapidement pour laisser la place à des ambiances plus posées mais toutes aussi sombres. The Eye Of Every Storm n’est pas un disque brutal, il est beaucoup plus aérien et nettement moins terreux que ses prédécesseurs ; manifestement le groupe a été marqué par son expérience avec Jarboe et les influences post-rock prennent désormais une place non négligeable dans la musique des Californiens. Et pourtant si Neurosis a changé de chemin, la manière de surmonter les obstacles est toujours la même. L’aventure se fait en solitaire, dans la tempête et le froid, les bourrasques de guitares peuvent faire poser les genoux à terre quelques fois, mais les nombreux passages de vide instrumental permettent de se frailler un chemin dans le noir et l’inconnu, puis on sent la violence arriver, mais impossible de calculer son intensité, de savoir à quel point elle nous fera perdre les pédales. C’est tout ça à la fois Neurosis : l’intensité, le calme flottant, le plaisir de déstabiliser l’auditeur en lui montrant un chemin tortueux, le tromper sur la véritable nature des évenements. Les ambiances poètiques sont délicatement détruites pour rebattir par dessus une misanthropie bouleversante, emmenée par ce chant écorché qui sait se faire plus carressant comme sur le magnifique titre éponyme. Un certain espoir est quelques fois palpable mais c’est la tête baissée et les yeux fixés au sol qu’on parcourt ce Eye Of Every Storm, probablement le plus mélancolique et le plus bel album de Neurosis.

Plus que jamais chez ce groupe, la noirceur est de mise. Et si le son s’est indéniablement adouci, il n’en reste pas moins d’une densité remarquable. Neurosis étire ces huits titres jusqu’à leurs dernières limites sans casser une seule fois le charme et n’hésite pas à explorer les sphères du post rock ou du minimalisme musical. Les passages flottants, sans le moindre rythme, sont effectivement très nombreux et apportent cette dimension de douceur douloureuse que les Californiens maîtrisent à la perfection. Encore plus atmosphérique, plus beau, plus intense que n’importe quel autre des travaux du groupe, The Eye Of Every Storm est un album tout simplement majestueux qui sonne comme l’aboutissement d’une recherche intérieure complexe, d’un magnifique voyage au plus profond des trippes de l’auditeur. Une expérience musicale unique.

note : 9.5

par johan, chronique publiée le 30-06-2004

A voir également :

http://www.neurosis.com

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