.:.Chronique.:.

Pochette

Two Lone Swordsmen

From The Double Gone Chapel

[Warp::2004]

|01 Stack Up|02 Faux|03 Formica Fuego|04 The Lurch|05 Sex Beat|06 Damp|07 Punches & Knives|08 The Valves|09 Karmanda's Response|10 Sick When We Kiss|11 Taste Of Our FLames|12 Driving With Gears In Reverse|

On savait depuis l’excellente compilation "Nine O’ Clock Drop" qu’Andy Weatherall était un producteur de goût à l’érudition sans faille. A son actif : un monstrueux remix pour Primal Scream – "Loaded", hymne hédoniste qui plonge les Stones et Peter Fonda dans le bain acid-house – et bien sûr une série de galettes définitives avec Swords of Paradise et Two Lone Swordsmen. Une des figures de proue de la décennie 90, statut désagréable en ces temps de déni fort justifié… Mais tandis que ces derniers disques s’enlisaient doucement mais sûrement dans l’inertie sonore de l’electronica sans queue ni tête, alignant d’aimables et compétents bibelots d’inanité sonore – pour faire simple disons juste que c’était quand même souvent gentiment chiant – voilà que le bougre réagit, au moment même où l’on pensait pouvoir le ranger sans grand risque dans la catégorie « expérimentaliste doué mais viré redondant » en note de bas de page de la grande encyclopédie de la musique populaire.

Autant le dire tout de suite et s’accorder sur les termes : "From The Double Gone Chapel" est un disque de post-punk, cette étiquette commode, à l’acception extensible à volonté sous laquelle on rangeait tous les groupes inclassables qu’ont engendrés les années 78-81, une des périodes musicalement les plus fertiles du siècle précédent. La pochette à elle seule conjure des visions d’un autre âge, du "Collision Time" de Swell Maps à Cabaret Voltaire en passant par Nurse With Wound. Musicalement on pense souvent aux Bush Tetras (en particulier sur "Formica Fuego"), à la no-wave des Theoretical Girls ou de Y Pants, tandis que "Faux" accouche d’une étrange fusion entre l’avant-funk bourdonant de Clock DVA première version et la flexipop martiale d’Absolute Body Control, monotonie de la diction à l’appui. Ailleurs, Weatherall nous offre un petit saut dans le temps et l’espace, direction Leeds 1979, entre Delta 5 et Gang Of Four, tout en peuplant ses créations de ces gargouillements analogiques si familiers aux auditeurs des Sabres Of Paradise, ou plus simplement du krautrock d’Einzelgänger et autres têtes chercheuses electro US de la fin des 60’s type Mort Garson. Car s’il a les oreilles rivées sur la fin des seventies, "From The Double Gone Chapel" n’est pas pour autant l’œuvre d’un fétichiste vaguement autiste, à la différence des Chicks On Speed ou Adult, condamnés peu ou proue à l’aridité artistique. Il y a des résonnances prog-rock dans ce disque, et pour ceux qui, malheureusement souvent a juste titre, considèrent ce qualificatif comme une obscénité à en faire saigner les yeux de nos chers lecteurs, rappelons qu’à côté des innombrables daubes du type Yes et Genesis qui ont traîné le genre dans la fange, des artistes passionnants tels Achim Reichel & Machines, Red Noise, Horrific Child ou Peter Hammil donnaient naissance à des disques insolites et beaux, inclassables, secrets bien gardés d’une décennie peu avare en bizarreries. Pour autant Two Lone Swordsmen ne se résume pas à un assemblage ingénieux de références éparses allant jusqu’aux balbutiements du breakbeat 80’s ("Sick When We Kiss"). La force de cet album c’est d’être supérieur à la somme de ses composants. Car on ne saurait résumer "Taste Of Our Flames" à une hypothétique relecture néo-goth de Lydia Lunch meets Diamanda Galas meets Savage Republic meets the Bad Seeds… Et que fait donc un morceaux pareil sur un disque qui a jusqu’alors éduqué nos oreilles au funk blanc analogique et vaporeux de "The Lurch" ? Résolument post-moderne, ce nouveau Two Lone Swordsmen n’en est pas moins une œuvre nourrie, riche, pas simplement un habile pensum d’érudition musicale à l’usage d’auditeurs amnésiques.

"From The Double Gone Chapel" est sûrement le meilleur disque du duo Weatherall - Tenniswood depuis "The Fifth Mission" (en 1996), dont il garde le goût des percus traités, des sons pures (une onde sinusoïdale sur un oscilloscope) et des climats lancinants, rehaussées de discrètes mais envoûtantes lignes de synthé (magnifique "The Valves"), avec, merveilleuse idée, une basse live ; sans aucun doute l’un des grands albums de cette année 2004 (ce qui ne veut pas dire grand chose, notons-le). Vous pouvez sauter dessus sans trop de risque, et m’envoyer un mail d’insultes si ça ne vous plaît pas, je les lirai avec une délectation jamais feinte.

note : 7

par romain, chronique publiée le 29-06-2004

.:.L'avis des autres rédacteurs.:.

jean marc : avis du rédacteur
Remi DW : avis du rédacteur

?>